1973. Quatre ans après Easy Rider, les motards sont ici des représentants de l’ordre chevauchant leur Harley-Davidson modèle Electra Glide (d’où le titre du film). Ils ont remplacé les épris de liberté d’Easy Rider sur leur Chopper et s’entraînent au tir en visant un poster de Dennis Hopper et Peter Fonda. Le ton du film, empreint de la fin de l'idéalisme des années 60 et des derniers feux de la contestation, capture à la fois l'optimisme et le désespoir de ces années de la guerre du Vietnam. Electra Glide in Blue explore l’opposition entre la révolution de la contre-culture et "l'Establishment" et reflète un moment mélancolique de l'histoire américaine, une époque charnière où de vraies questions ont été posées quant à l'équilibre entre liberté et autorité.
Le film met en scène deux policiers, modestes agents de la brigade routière qui patrouillent sur leur moto, s’ennuyant ferme au long des routes désertes de l'Arizona en ayant d’autres rêves. Pendant que son collègue rêve d’une moto tout-ce-qu’il y a de plus perfectionnée, John Wintergreen (magnifiquement interprété par Robert Blake) rêve d’une promotion et aspire à être un officier enquêteur. C’est un flic idéaliste, au cœur pur, facile à vivre, pétri de droiture morale contrairement à l’ensemble de ses collègues. Il veut juste être un détective et "être payé pour réfléchir, au lieu de rester assis sur mon cul à me faire des callosités". À ses yeux, les détectives portent des costumes élégants, fument le cigare et se mettent au travail sur de vrais cas. Autre chose que la routine qui le fait arrêter des camions pour dépassement de vitesse autorisée de 10 km/h, ou des combis de hippies en supposée--infraction.
Le jour où il découvre qu’un vieil habitant du désert semble avoir été assassiné, John réalise son rêve de coopérer avec un détective. Dans son zèle pour devenir détective, Blake le suit partout jusqu'à ce qu'il finisse par voir que son désir d'être honnête ne fonctionnera tout simplement pas avec ce supérieur réac, sectaire, autoritaire et violent.
Il refuse de sacrifier sa nature, sa gentillesse, si c'est ce qu'il faut pour réaliser son rêve. Inexorablement entraîné par sa désillusion vers une fin triste, tragique et inévitable, John Wintergreen semble être l'anti-héros par excellence qui s'éveille lentement à la pourriture qui l'entoure et réalise finalement qu'il ne peut compter que sur son propre jugement et son sens du bien et du mal dans un monde pervers et injuste.
L'intrigue décousue du film commence par un meurtre (ou un suicide ?) et cet incident fait avancer l'intrigue. Mais comme dans beaucoup de films des années soixante/ soixante-dix, l'intrigue est insignifiante, mais plutôt un véhicule au développement de commentaires sociaux et à l’étude des personnages, nombreux, excentriques et bizarres.
Quelque part entre la poésie de "Zabriskie Point" et l'antithèse d’ "Easy Rider", le film se termine par un des grands plans finaux de l'histoire du cinéma américain, sublime et poignante séquence finale cadrée sur l'horizon fordien de Monument Valley, sur fond du superbe "Tell Me" (Tell me about the sun / Tell me about the rain) chanson interprétée par Terry Kath, (guitariste/chanteur du groupe de rock Chicago)