Elio
6.3
Elio

Long-métrage d'animation de Madeline Sharafian, Domee Shi et Adrian Molina (2025)

On pourrait s’insurger contre le sabotage de Disney qui a choisit de sortir Elio en catimini, sans aucune promo, à deux semaines des vacances scolaires et face à son propre remake live de Lilo et Stich. Il y a clairement une volonté d’invisibiliser les créations originales de Pixar pour inciter le studio à se repositionner exclusivement sur la production de suites faciles à rentabiliser. Mais après visionnage, je me dis que ça n’en valait peut-être pas la peine.


A l’instar de Buzz l’Eclair, l’équipe n’a pas su mettre le focus là où il le fallait. Le film aurait été bien meilleur si il s’était concentré sur les relations parents/enfants, avec pour point d’orgue, cette possibilité d’être remplacé par une meilleure version de soi-même, un clone sans défauts qui répondrait parfaitement aux attentes de ses parents. Idée toute simple mais tellement évocatrice pour bon nombre de bambins en conflit avec leurs géniteurs et pouvant se considérer comme “enfants à problèmes”. Quel bonheur cela doit être pour eux de voir un film leur montrer qu’ils ont le droit d’être eux-mêmes, avec leurs défauts et leurs qualités ; qu’ils peuvent être aimés pour ce qu’ils sont et qu’ils resteront toujours une priorité absolue pour leurs parents, même si ces derniers ne les comprennent pas toujours. Tous les éléments gravitant autour de cette thématique sont clairement les plus intéressants du film, y compris les passages avec ce clone trop parfait pour être vrai, et dont les capacités polymorphiques seront utilisées dans une hilarante séquence de boddy horror.


Alors pourquoi s’emmerder avec cette aventure spatiale dont on se branle ?


Malgré une interminable exposition, les motivations du personnage resteront assez floues. La fuite semble être son seul moteur, mais à ce moment-là, un aller simple pour Issoudun aurait pu faire l’affaire. Qu’est ce qu’il recherche chez les Aliens ? Pourquoi ils le font tant rêver ? Le mystère restera sans réponse. En tout cas, si il cherchait de l’exotisme ou une famille de substitution, ce n’est pas dans cette ambassade intergalactique qu’il les trouvera. Du peu qu’on en voit, l’univers n’est vraiment pas attrayant et ses habitants ne sont que des alliés de circonstance sans personnalité. Difficile donc d’accorder de l’importance à la sauvegarde de ce lieu, alors que c’est censé être l’enjeu principal de l’intrigue. Et quand l’aventure derrière est aussi prévisible, avec un méchant en carton, des gags bidesques et un manque total de tension, de suspens ou de péripéties ; ben on finit fatalement par se faire chier.


Les relations entre les personnages auraient dû se retrouver au cœur du film, mais la plupart sont bazardées en quelques dialogues ; à l’image de l’amitié entre Elio et Goldron, ou de la relation conflictuelle qu’entretient ce dernier avec son paternel et qui auraient été tellement plus touchantes si l’on avait prit le temps nécessaire pour les développer correctement. Surtout qu’à la fin, c’est bien le sort du gamin alien qui nous maintient en haleine, pas le devenir de cette ambassade dont on se fout éperdument.


Le dernier acte sauve d’ailleurs un peu les meubles, même si les auteurs ont tenu à réutiliser tous les éléments qui avaient été mis en place dans la première partie. Quelque part, on récompense le spectateur pour s’être tapé une exposition longuette, mais je ne peux pas m’empêcher d’y voir une filouterie pour donner de l’intérêt à des choses qui n’en n’ont fondamentalement aucun.


Tout comme le merdique Arlo une décennie avant lui, l’échec d’Elio est surtout la conséquence d’une production chaotique, ayant vu se succéder pas moins de trois réalisateurs différents. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la série d’œuvres originales et personnelles que le studio nous a pondu ces dernières années, entre le sympathique Luca, l’excellent Alerte Rouge et le sous-estimé Élémentaire. Pixar est loin d’être sur le déclin, il s’est même admirablement renouvelé depuis l’arrivée de Pete Docter à la direction créative, en laissant la part belle à une nouvelle génération d’auteurs. Hélas, le bide de leur dernier né, surtout comparé au succès de Vice-Versa 2 l’année dernière, risque fort de mettre à mal sa liberté créative.

AlfredTordu
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le 8 juil. 2025

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