Elio
6.4
Elio

Long-métrage d'animation de Madeline Sharafian, Domee Shi et Adrian Molina (2025)

Cela fait longtemps que je n'ai plus pris le clavier pour taper une critique, mais je sors d'hibernation pour mettre en lumière une film qui est bien parti pour passer à la trappe alors qu'il ne le mérite clairement pas.


En effet, contrairement à la refonte de Dragons qui en fait des tartines question promo et à celle de Lilo & Stitch qui fait moult vagues sur les réseaux sociaux, la nouvelle production Pixar a atterri sur nos grands écrans dans le silence le plus total. Pour tout vous dire, j'ai vu la première BA cette semaine seulement, alors que le film était déjà sorti. Et la BA fait une poignée de secondes à peine, dépeignant un univers très enfantin (donc, pas du tout ma tasse de thé).


Et pourtant, ce serait triste de ne s'arrêter qu'à cette minute de présentation qui va, certes, à l'encontre de ces BA interminables qui présentent le film dans son entièreté, mais ne donne pas forcément envie aux grands enfants que nous sommes de nous déplacer dans les salles non plus (quand bien même il y aurait la clim dedans).


Alors, pourquoi aller voir Elio ?


Déjà, parce que ce n'est ni un remake, ni un reboot, ni une sequel, prequel, spin-off et autres productions prémâchées actuellement vomies sur nos écrans, grands, petits et encore plus petits. C'est une histoire originale, avec des personnages originaux, dans un univers original. Rien que ça, ça devrait motiver les plus intelligents d'entre vous d'aller claquer des sous pour le voir (là où Dragons et Lilo & Stitch 2.0 ne méritent pas un seul centime).


Le scénario ne casse pas trois pattes à un canard, on ne va pas se mentir, mais il est à noter que ce film aborde un thème rarement traité dans les films pour enfants : le deuil (malgré le nombre d'ascendants décédés dans toute l'histoire de Disney, seul Lilo & Stitch 1er du nom parlait frontalement du sujet). Car le héros, Elio, vient en effet de perdre ses parents, les seuls êtres qui comprenaient son langage codé ; et se retrouve confié à sa tante, une jeune militaire célibataire qui ambitionnait d'être astronaute et qui se voit brutalement obligée de sacrifier son rêve pour prendre soin de son neveu. Et le film dépeint les conséquences de cette situation tant du point de vue de l'enfant que du point de vue de l'adulte car, qu'on le veuille ou non, ce genre de drame n'impacte pas que les plus jeunes.


Et c'est là où ça devient intéressant parce que, contrairement à ce que la BA vend, le film touche tout le monde, grands et petits. Là où Luca demeurait très enfantin et où Vice-versa 2 s'adressait essentiellement aux adolescents (et que dire d'Alerte rouge qui ciblait principalement les jeunes adolescentes), Elio parle à un panel bien plus large de personnes. Le film regorge de références que seuls les adultes devraient comprendre, mais ça va bien au-delà de ça. Les sacrifices et les tâtonnements d'Olga parlent autant aux adultes, que le sentiment de rejet d'Elio et son désir de trouver sa place dans une société qui le comprenne. Cette envie profondément ancrée en nous de tisser un lien avec quelqu'un d'autre. C'est de ça dont parle Elio et ça, on l'a tous vécu et on le vit tous encore maintenant pour un grand nombre d'entre nous. C'est un sentiment universel qui fait fi de toutes les frontières.


De plus, là où Soul passait à côté de son sujet et où Elémentaires était ultra-convenu (donc oubliable), Elio retrouve un peu de cette magie que les premières productions Pixar possédaient. Certes, je ne me suis pas transformée en bol de gélatine larmoyant comme pour Vice-versa, mais j'ai eu la larmichette à l'oeil à plusieurs moments du film, simplement transportée par les mots et les images de cette histoire. Et ça, ça fait plaisir dans la platitude cinématographique actuelle.


Surtout que techniquement, encore une fois, il n'y a absolument rien à redire. Les idées sont là et elles sont superbement exécutées. Les personnages sont tous touchants, même s'il s'agit d'enfants et le studio parvient même à rendre attachant une créature dont le visage est principalement constitué de crocs jaunâtres et c'est tout. Toutes ses émotions passent par des frémissements d'aigrettes, des mouvements de pattes, des secousses de peau et la qualité du comédien qui le double. Et l'équipe évite également l'écueil de ponctionner des musiques connues du grand public pour ponctuer son histoire, ne comptant que sur une BO instrumentale originale.


Bref, je comprends que dans le contexte actuel - à l'aube d'une 3ème guerre mondiale couplée à une catastrophe climatique en pleine expansion -, on ait tendance à se tourner vers des valeurs sûres, connues et rassurantes ; mais je pense aussi qu'on devrait relever la tête de nos nombrils et retrouver cette curiosité que les enfants sont censés avoir (et perdent à force d'être scotchés sur leur Smartphone). Donnez sa chance à cette oeuvre que Disney semble vouloir enterrer pour justifier leur stratégie marketing nauséabonde. Emerveillez-vous à nouveau de concepts inédits. Redécouvrez la puissance et la beauté de l'imagination humaine.

NicodemusLily
7
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le 22 juin 2025

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