La question se posait déjà, cet été, avec le sympathique Dangerous Animals : comment évoluer dans un genre cinématographique écrasé par un film phare ?
Car comme Les Dents de la Mer avec le film de requins, Un Jour Sans Fin vampirise littéralement le sous-genre que constitue le film de boucle temporelle, qui revient furieusement à la mode aujourd'hui, avec Beyond the Infinite Two Minutes ou encore Comme un Lundi.
En Boucle choisit d'animer son huis-clos en utilisant les ressorts narratifs d'Un Jour Sans Fin, en les entravant dans des plans séquences d'environ deux minutes constamment bégayés dans un premier temps. Pour poser ses bases et les racines de sa douce folie. Pour rire de ce sens de l'accueil et de cette extrême politesse toute japonaise, faite de courbettes constantes et d'excuses sincères pour des choses qui arrivent hors de tout contrôle.
Peu à peu, cette auberge japonaise de carte postale est emportée dans une sorte de frénésie collective. Amusante tout d'abord, puis de plus en plus hystérique. Prétexte à l'exploration des méandres de son décor unique puis de ses alentours.
L'agitation qui règne bientôt dans En Boucle contraste magnifiquement avec l'idée de permanence. Celle du lieu unique, que l'on décrit le temps de quelque dialogue via les catastrophes climatique dont l'auberge s'est toujours relevée. Celle du courant de cette rivière qui coule inlassablement, qui semble tutoyer le pouvoir des dieux, via les croyances véhiculées. Celle, enfin, de l'environnement plus ou moins enneigé au fil du temps et de sa photographie aux allures cotonneuses.
La galerie de portrait de En Boucle, elle, oscille entre ses employés dévoués et ses clients un peu fous, tous comprenant l'anomalie avant d'être contaminés par l'absurdité ambiante, surlignée par les tentatives de rationalisation de la situation et la libération des comportements. Puis de goûter aux vertus de l'union permettant de s'imposer au-delà d'une constante remise à zéro.
En Boucle, une fois son concept de petit malin évacué, évolue au rythme de l'ensemble de ses héros involontaires, sa caméra les suivant sans relâche et prenant part à la mêlée, comme si le spectateur était un membre de l'équipe de cette auberge. Cette immersion fait que l'on se prend à aimer ses personnages, tous attachants, et à vivre de l'intérieur leurs conflits, leurs non-dits et leurs espoirs dans une certaine forme de mélancolie. Avec, en guise de climax, cette tentative de fugue amoureuse aux allures de course-poursuite.
Avant, dans la dernière ligne droite, d'embrasser totalement le côté science-fiction de l'entreprise, avec ce sentiment de bouts de ficelles qui animait le fantastique Ne Coupez Pas !, dont En Boucle épouse finalement tout le sentiment d'urgence et d'amour du genre.
Et si l'on peut penser de manière fugace que le film n'avait peut-être pas besoin de cette explication et aurait gagné à préserver son mystère, l'expérience proposée par En Boucle ne peut que charmer et ravir par sa douce approche de la comédie, avant tout humaine, dont il s'empare.
Behind_the_Mask, quelque part dans le temps.