En une introduction catastrophique, mêlant mouvements hasardeux de caméra cheap et montage lunaire de plans disjoints, le pire se fait craindre : sur une heure et demi, ça risque de faire très long.
Puis le film enclenche son procédé. Et, déjà, la chose commence à se huiler, à révéler un travail de fond assez colossal (en tout, plus d'une trentaine de plans-séquence parfaitement rythmés, débouchant à chaque fois sur une situation différente !), et, dans ses joyeux excès, à générer un petit sentiment d'excitation rigolarde. On y étouffe un peu de la contrainte spatiale (comment tenir la durée ?), mais le film, au-delà du high-concept de petit malin, commence à convaincre de son intelligence et de sa créativité.
Bascule soudaine : au cours de trois nouvelles scènes qui rompent avec les chemins logiques qui les ont précédées, les personnages entament une odyssée de la fuite perpétuelle, du retrait enchanté, de la disparition vers des ailleurs de bonheur et de rire. Construites en suspension, et bercées d'une musique acoustique fabuleusement charmante, ces moments pure lévitation font définitivement chavirer le film, et l'entraînent dans une toute autre dimension : le jeu méta se double alors d'un premier degré proprement ensorcelant, qui teinte les pérégrinations burlesques de ses personnages d'une douceur sans pareille, dans un récit d'une innocence qui laisse rêveur, et qui, scène après scène, réalise le miracle d'égrener des surprises presque toujours plus belles (dont un twist ahurissant, aussi simple que prodigieux). Yamaguchi prend son spectateur par la main, non pas pour le guider, mais comme s'il souhaitait vivre l'aventure avec lui : il ne le mène pas en bateau, il l'accompagne dans la révélation progressive en accumulation de détails, et dans la résolution finale, accomplie dans une joie parfaitement communicative. À tous ceux qui lèvent les yeux le soir au moment de rentrer chez eux : des répliques telles que "Le futur est-il joyeux ?", "Il l'est", "Mon amoureux vit là-haut, dans la lune", récitées avec une profonde foi dans l'éventualité du bonheur, sont de celles qui rivalisent avec les poèmes les plus émouvants.
Le plus génial dans tout ça, c'est que le film n'est fait qu'avec de la ferveur : de plan-séquence en plan-séquence, on voit bien que le temps change, on ressent en permanence que le tournage s'est fait au gré des conditions extérieures, et que du coup, la parfaite reproduction des scènes, l'une après l'autre, était impossible. Mais cela contribue encore au charme de l'ensemble : il est un de ces films généreux, qui ne s'embarrasse pas d'une présupposée perfection de ses moutures, et où le cœur parle mieux que le corps. Tourné dans les décors hors-temps de Kurama, et habité par une toy music absolument exquise (Kōji Takimoto, il faudra se renseigner), il ne cesse d'infuser son enchantement. Petit film de moyens, mais très grand film de joie : immense baffe.