Enigma occupe une place intéressante dans le paysage cinématographique du début des années 80 : sorti en 1982, il s’inscrit dans un genre alors en vogue – le thriller d’espionnage sur fond de Guerre Froide – et entretenu notamment par la saga James Bond avec L’Espion qui m’aimait (1977) et Rien Que pour vos yeux (1981).
Or, ce que propose ici Jeannot Szwarc, à partir d’une intrigue somme toute canonique, c’est une immersion dans la Guerre Froide qui ne représente pas les espions comme des charmeurs occupés à séduire tout ce qui bouge et à faire joujou avec leurs gadgets, mas comme des individus isolés qui risquent leur vie à chaque opération, qui avancent masqués, qui sont placés sous surveillance et vivent dans la peur permanente. Le film réussit à nous faire ressentir cette paranoïa, conséquence du gouvernement totalitaire de Berlin-Est qui recourt à la force armée et à la torture – voir à ce titre la séquence de détention de Karen Reinhardt, campée par une Brigitte Fossey impériale –, tout en refusant de caractériser ses personnages en fonction des clichés relatifs à leur origine nationale : l’agent envoyé par la France et l’agent russe se ressemblent, ils partagent même le cœur de Karen et deviennent, d’ennemis politiques, des rivaux amoureux. « Un Russe qui part en Allemagne perd sa tête ou son cœur, quoi qu’il fasse » ; il en va de même pour le dissident est-allemand. Pour les interpréter, deux acteurs convaincants et de langue anglaise : Sam Neill et Martin Sheen. À leur côté, le français Michael Lonsdale qui poursuit ici sa carrière internationale après Moonraker (1979).
Enigma souffre de longueurs et d’une mise en scène souvent impersonnelle qui ne délivre pas de point de vue véritable sur son sujet. Restent néanmoins une dernière demi-heure bien troussée et une scène finale surprenante, que nous ne révélerons pas ici puisqu’elle redéfinit en partie l’axiologie de certains protagonistes. Un divertissement prenant et honnêtement exécuté.