Une question qui me travaille depuis un moment – celle de l’absence, aujourd’hui, d’une dimension artistique dans le cinéma d’exploitation. Le hasard fait que j'ai vu le même jour <i>Ennemis invisibles</i> (ce film, aussi nommé <i>Recon</i> ou <i>Peace</i>) et <i><a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/57TZsj">2067</a></i>, qui sont deux cas pratiques pour se poser la question de ce qu’est, aujourd’hui, la série B (au-delà du budget s’entend). Qu’est-ce qui fait que l’immense production des direct-to-video ou des sorties techniques, qui pourraient être un laboratoire à tentatives joyeuses, ne sont qu’une usine à fabriquer de la platitude aux relents amateurs et kitsch ?
Je me demande, en fait, si la réponse ne tient pas aux effets spéciaux numériques. <i>Ennemi invisible</i> a la gueule de son petit budget : en suivant cinq soldats américains dans l’Italie hivernale de la seconde guerre mondiale, et en tenant tout du long sur la question d’un ennemi qui pourrait les épier, le réalisateur crée un film qui a le visage de ses conditions de tournage. S’il n’en tire pas de grandes idées de cinéma (pas de jeux sur le hors-champ, sur la paranoïa), et que la médiocrité est omniprésente (dans les dialogues, dans le “message” lourdingue, dans les effets de montages kitschs), voir le réalisateur réduit à filmer cinq acteurs au milieu de nulle part, et devoir s’en contenter, lui offre un certain cachet : celui d’un film qui fait ce que d’autres ne font pas.
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