Pour les bobos qui n'avaient jamais vu un noir de leur vie

2eme visionnage, même avis qu'à l'époque.


Je suppose que l'aspect documentaire, totalement voulu et pour le coup réussi, a dû à l'époque charmer la gauche bourgeoise qui a pu alors retrouver les historiques frissons des zoos coloniaux. Mais à part pour ce public, il est difficile d'y trouver son compte dans la mesure où cela correspond exactement à un réel vécu par une grand partie de la population, malheureusement, mais sans réel surplus cinématographique.

Le film n'est pas bête, il ne tombe pas dans l'angélisme, mais il prend quand-même le parti de ce professeur qui discute, qui a une approche presque égalitaire de la relation élève-professeur, et qui en tire quelques résultats. Alors que c'est exactement selon moi ce qui a détruit l'école et la rend détestable pour tout le monde. Ces arguties interminables avec les élèves qui se permettent d'interrompre, d'invectiver, sont plutôt montrés comme des moments positifs, d'échange, de la part de ce professeur qui ne veut abandonner aucun de ces gamins. Ok on n'est pas dans le cercle des poètes disparus, c'est pas aussi niais, mais le fond de l'affaire c'est quand-même ça, le professeur-courage de l'égalité républicaine. Et il faut bien reconnaître que le film montre ces situations telles que nous sommes nombreux à les avoir vécues. Où il sera toléré trèèèèès longtemps des comportements insupportables et antisociaux qui gêneront absolument tout le monde, qu'on discutera, qu'on arrangera, quitte à laisser tous les élèves non perturbateurs en plan.

On n'institue plus de norme auquelle il faut se conformer (ça, c'est le fascisme), on abaisse la barre pour que personne ne puisse être recalé. On accepte, sans même en avoir convenu au préalable, qu'un exercice soit fait avec des photos alors qu'il est censé être rédigé, mais hey ! Il a fait quelque chose déjà ! On peut bien lui donner le même satisfecit qu'à celui qui s'est emmerdé à rédiger deux pages. Nous sommes dans un film de la bourgeoisie de gauche, et le racisme congénital de ce camp s'exprimera naturellement. Quelque part il ne faut sans doute pas trop en demander au noir (qui n'a pourtant pas l'air plus bête qu'un autre), et le retour au bled sera vu comme une catastrophe, l'Afrique étant vue comme un endroit absolument horrible dont il faudrait secourir tous les habitants en leur offrant le salut dans un HLM en Seine-Saint-Denis. Pfffff.... Ça me fatiguait déjà à l'époque, mais c'est encore plus ridicule aujourd'hui.

Parce qu'en plus, oui, toutes ces circonvolutions, ces arrangements avec les règles, cette acceptation permanente, l'abandon de tous les bons élèves à l'ennui, n'aura servi à rien. L'enfant perturbateur sera renvoyé du collège, et peut-être même renvoyé au bled. Perdu, pour l'école, perdu pour la France, ce qui est évidemment montré comme un drame. C’est un point de vue. Je ne le partage pas. S’occuper des cas sociaux, ok, mais pas en sacrifiant tous les normaux pour ce faire. Enfin… La France….

Ca a le mérite d’être très juste, j’ai vécu exactement ça dans ma jeunesse dans un collège « sensible » et dans la MJC du coin. Le film reste fluide, ça se laisse regarder. Malheureusement ce n’est pas réellement rehaussé par de vrais moments de cinéma. Un peu. Sans doute cette scène à la fin avec cette jeune fille qui exprime son angoisse d’être envoyée en filière professionnelle. Et Bégaudeau est assez juste. Même si je comprends que les élèves aient envie de lui manquer de respect avec son physique de dispensé de sport et son flow de camembert au four pas cuit.

Au final ca montre assez fidèlement pourquoi l’école française est un échec fangeux, mais je ne pense pas que c’était son intention.

Une palme d’or pour cela me semble tout de même excessif.


canardbresom
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le 3 juil. 2025

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canardbresom

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