Ce film pousse l'horreur sur tous les plans avec une telle habileté que j'ai dû interrompre le visionnage juste avant la scène finale... je n'en pouvais plus.
C'est comme assister à sa propre autopsie, en étant pleinement conscient mais incapable de bouger ou de signaler que l'on est toujours en vie, ne pouvant que ressentir la douleur pendant que le bistouri traverse la peau.
On peut y donner de nombreuses facettes et interprétations, comme la peur de la parentalité, les troubles mentaux, les conséquences de l'industrialisation sur la moralité, le bien-être et les liens sociaux…
Mais pour moi, ce film touche directement aux peurs les plus profondes et les plus primaires de l'humanité : la peur de perdre le contrôle de la réalité, de ne pouvoir échapper à la souffrance, même pas par la philosophie, un pur traumatisme sans fin.
Les sons, les animaux, les personnages… tout dans le film semble défier le protagoniste, le juger, se moquer de lui, le punir, sans raison apparente.
Du point de vue de Henry, les choses normales de la vie ne sont pas ressenties seulement comme des éléments intrusifs, elles semblent fondamentalement mauvaises.
Le film en lui-même remet en question ce que nous avons l'habitude de percevoir comme beau ou significatif. Il vole tout ce qui nous semble familier et confortable dans notre univers mental pour les dépecer de leur sens puis nous balancer leur cadavre ensanglanté en nous disant : « voici la réalité.»
Il détruit tous les outils que notre cerveau utilise pour intellectualiser et éviter les sentiments inconfortables (construction narrative, étiquetage, détachement, etc), nous laissant assis là avec l'expérience pure et dure, avec notre cerveau qui sonne l'alerte de danger tout le long, nous plongeant dans une confusion et une panique totale.