Eraserhead est un conte, morbide et terrifiant montrant un jeune homme en proie à ses démons, l'amour, le sexe et la parentalité. En l'entourant de personnages grotesques et stéréotypés, Lynch permet au spectateur de mieux comprendre ses états d'âmes et ses rêveries qui constituent une bonne partie du film.
J'aime bien la manière dont Lynch se fout du narratif et de l'histoire, ce qui lui plaît c'est vraiment les personnages et ce qu'ils peuvent ressentir. Peut être est-ce paradoxal car le film est surréaliste parfois même horrifique mais il reste très humain. Jack reste un personnage presque attachant, on le comprends, on comprends ses souffrances dues à la vie qu'il semble subir. D'un autre côté, il ne paraît pas vraiment s'investir pour cesser de subir et son rapport aux autres est très minimaliste, il ne semble ni ressentir d'empathie ni réellement chercher à comprendre ses pairs (Mary notamment).
Peut être que la cette tendance naturelle de Jack à fuir le réel, le mène à son cauchemar, peut être à t il conscience de sa capacité à se réfugier dans les rêveries plutôt que de combattre le réel. En tout cas, c'est ce que je comprends lorsqu'il voit son cerveau servir de matière première dans la fabrication de gommes. Il semble rêver que tout soit différent sans essayer de rien changer (mais le peut-il finalement ?).
Jack consomme sans pour autant profiter ni comprendre, on le voit dans sa relation avec Mary puis, plus explicitement avec sa voisine qui semble en faire de même tout en semblant maîtresse de sa vie, elle. Et lorsque l'on consomme, ne souhaiterions nous pas que tout soit dû tel quel, pouvoir effacer ce qui dérange et faire apparaître ce que l'on désire ?
Enfin, Jack ne comprends pas, plus encore, il est curieux mais pas attentif, il ne cherche pas vraiment à comprendre. C'est ainsi qu'il en vient à découvrir le bébé, si protégé dans ses bandages mais finalement si frêle sans. Jack s'en soucie par principe mais pas par amour, il n'en a jamais voulu mais finalement y trouve une voie d'évasion.
Petite pensée tout de même aux académiciens puritains de l'AFI à qui Lynch a présenté son projet.