Bethany (Xcx) voyage avec Rob, son compagnon, à Varsovie. Ce dernier a l’attention de la demander en mariage. Sauf que Bethany piste Nel une ancienne compagne locale. Les deux femmes partagent une accointance particulière : à chaque fois qu’elles se voient, un volcan se met en éruption. Là, c’est au tour de l’Etna de jouer les trouble fête...


Pete Ohs explore le phénomène de l’impulsivité du sentiment amoureux, où certaines personnes vivent l’amour comme une «éruption», comme une expérience qui les emporte très rapidement. Dans ce tourbillon d’intensité émotionnelle, les émotions sont ressenties avec une telle force par les personnages qu’elles semblent constituer une preuve. Parce que l’on ressent beaucoup, on croit que le lien est forcément profond ou durable. Tempérament naturellement sensible ou passionné ?

Fort besoin d’attachement ou de sécurité affective ? Tendance à rechercher des sensations intenses ?... Le personnage de Xcx semble particulièrement réceptif à l’idée d’une rencontre «qui change tout», mais le cinéaste brouille les pistes. Car être amoureux implique souvent une part d’élan spontané, mais l’impulsivité apparaît ici lorsque cet élan conduit à ignorer des informations importantes, à respecter les autres parties prenantes (ce pauvre Rob), à minimiser les incompatibilités ou à prendre des décisions majeures avant que la confiance et la connaissance mutuelle ne soient réellement établies. L’amour impulsif filmé par Pete Ohs est une rencontre entre une émotion très puissante et un désir de s’y abandonner sans attendre. Il démontre avec un certain brio que celui-ci peut être source de moments extraordinaires, mais qu’il peut gagner souvent à être accompagné d’un peu de temps, car le temps permet de transformer l’élan en connaissance, vraie et réciproque. C’est souvent cette transition qui révèle si l’on est face à une passion passagère ou à un attachement durable, et j’ai aimé dans le film l’étalage de ces frontières indistinctes.


Pete Ohs signe un film dont la plus grande qualité réside aussi dans sa forme, qui donne constamment l’impression de saisir les personnages sur le vif. Cette apparente spontanéité n’est pourtant jamais synonyme de désinvolture. Sans jamais transformer son film en manifeste cinéphile, le réalisateur réactive discrètement certaines expérimentations héritées de la Nouvelle Vague : des inserts de plages de couleurs qui interrompent le flux du récit, des images d’archives qui viennent troubler la frontière entre mémoire et fiction, ou encore une voix narratrice qui observe les événements avec une distance presque ironique. Ces procédés ne relèvent pas du simple exercice de style, ils participent à une mise en scène qui épouse les mouvements imprévisibles des émotions. Avec un dispositif narratif d’une (fausse) grande simplicité, Pete Ohs parvient ainsi à faire émerger toute la beauté mais aussi toute la violence de l’impulsivité sentimentale. Les emballements amoureux, les décisions irréfléchies et les désillusions s’enchaînent avec une fluidité qui donne au film une sincérité désarmante.


J’ai également beaucoup apprécié la manière dont le réalisateur transforme cette complicité amoureuse en un phénomène presque surnaturel. Sans jamais basculer franchement dans le fantastique, le film en adopte pourtant les contours les plus troublants. Les liens qui unissent les personnages semblent défier toute logique rationnelle, comme si leur connexion relevait d’une force invisible, impossible à expliquer. Cette légère inflexion vers le genre fantastique permet de traduire avec beaucoup de finesse ce que l’expérience amoureuse a souvent d’inexplicable... Cette sensation que deux êtres sont irrémédiablement attirés l’un vers l’autre avant que la réalité ne reprenne ses droits. La désillusion romantique prend alors une dimension presque spectrale, comme si les sentiments continuaient de hanter les personnages bien après la disparition de leur histoire. C’est précisément dans cette hésitation entre chronique sentimentale et récit fantastique que le film trouve sa singularité, offrant une représentation particulièrement sensible de la persistance des émotions et des fantômes que laissent derrière elles les relations amoureuses.


Maxime-Beaulieu
7
Écrit par

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le 3 juil. 2026

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