A Venise, un écrivain anglais volontiers arrogant et dandy s'éprend d'une demi-mondaine.
D'ordinaire, la cité des Doges est la carte postale des lunes de miel. Dans le film de Joseph Losey, en décalage avec son imagerie romantique, Venise, baroque et insolite -et, par ailleurs, couverte d'une musique de jazz pas forcément en harmonie- est le décor d'une déchéance aux limites du masochisme.
Tyvian Jones (Stanley Baker) subit les affronts et les humiliations de la mystérieuse Eva, laquelle se fait aimer d'autant plus qu'elle tient son amant de passage dans un inexplicable mépris.
Si Jeanne Moreau, sensuelle autant que laconique, tient ici un rôle remarqué, pas sûr que Stanley Baker, dont la composition manque de subtilité dramatique, soit tout à fait le personnage. Ce qui est certain, c'est que la relation ambigüe et viciée, entre Eva et Jones, dont ce dernier paie seul le prix, au propre comme au figuré, n'est pas aussi intéressante que celle étudiée, si je peux amener la comparaison, entre Tony et son domestique Barrett dans "The servant", du même Losey, tourné l'année suivante.
Cinéaste de l'étrange et de l'indicible, Losey laisse dans "Eva" une impression d'artifice et d'ostentation.