Voir Jeanne Moreau, Venise... et mourir

Un écrivain à succès (dont on découvrira qu'il n'est pas tout à fait ce qu'il prétend) fait ses débuts dans le monde du cinéma et les mondanités superflues qui l'accompagnent. Bien que fiancé à une jeune femme d'une grande beauté que son entourage lui envie (la divine Virna Lisi), il fait la rencontre puis tombe dans le piège d'une femme fatale d'âge mûr (la sublime Jeanne Moreau) : tout le film est le douloureux récit de cet écrivain qui sombre dans la décadence et l'abjection morale sous l'influence de cette femme qui le mène à sa perte.

C'est un récit de dégradation ambigu qui préfigure les relations morbides de dépendance et de soumission que le même Joseph Losey déploiera un an plus tard dans son film "The servant".


Ce film fit scandale à l'époque et connut quelques déboires au point d'être remonté et des séquences, censurées. Evolution des moeurs oblige, le spectateur du 21e siècle n'en ressort pas moralement ébranlé.


Stanley Baker (on dirait Sean Connery croqué par un caricaturiste maladroit), rigide et inexpressif dans le rôle de l'écrivain n'est pas le choix le plus heureux pour ce rôle (c'est un acteur qui excelle plutôt dans les rôles de "bad guys").

Le contraste entre les beautés aux antipodes des deux actrices principales, l'excellente photographie en noir et blanc qui révèle une Venise hivernale et froide, voilée de brume, tout cela contribue à la réussite d'un film fascinant qui dégage un charme troublant et amer.

Jacques Demy offrira l'année d'après à Jeanne Moreau, un rôle similaire de femme fatale et froide dans "La baie des anges".


A voir si vous aimez les films qui ont Venise pour toile de fond, si vous souhaitez découvrir un pan de bon cinéma britannique et si vous aimez les histoires de descentes aux enfers.


A voir pour : Eros et Thanatos avec deux séquences opposées : un mariage puis des funérailles sur les gondoles vénitiennes ; pour Jeanne Moreau qui s'ennuie et multiplie les moues espiègles dans une grande baignoire, qui se tortille dans des serviettes de bain et fume lascivement dans ses draps blancs .

Sycorax
6
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le 18 juin 2026

Critique lue 14 fois

Eva

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6

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