Une nuit, à 02h17, tous les élèves de la classe de primaire de Mlle Gandy -à l'exception d'un- se sont réveillés, sont sortis de leurs lits, ont descendu l'escalier, ont ouvert la porte d'entrée de leurs maisons, ont couru dans l'obscurité... et ne sont jamais revenus.
Une claque. Tout simplement. De celles à la force de frappe si rare qu'elles vont s'inscrire directement dans les meilleurs firmaments récents du genre pour y demeurer comme un modèle dans les années à venir.
Certes, on la pressentait avec les premières bandes-annonces qui nous avaient introduit à son postulat aussi fou qu'alléchant et "Barbare" nous avait déjà laissé une belle marque sur la joue mais rien n'aurait pu nous préparer à cet incroyable "Weapons" que Zach Cregger a choisi de dégainer en guise de second long-métrage.
Bien entendu, "Weapons" (qui donne logiquement un affreux "Évanouis" en VF) fait partie de ces films où il est dur d'en livrer une chronique sans en déflorer le mystère si savamment institué et qu'il mérite de conserver jusqu'à sa découverte. Pas d'inquiétude ici, on privilégiera une certaine retenue (malgré tout notre enthousiasme difficile à contenir) en restant à la surface de son récit et des nombreux secrets qu'il y a à percer afin d'en vanter les qualités.
Dès le départ, le film fait d'emblée preuve d'ingéniosité en dévoilant quelques éléments-clés supplémentaires de son concept, sans doute sciemment laissés dans l'ombre durant la promotion, et qui vont avoir une influence fondamentale sur la manière dont sa mosaïque d'évènements et de personnages va nous être délivrée.
Pour la faire courte, "Weapons" va se construire sous la forme d'un puzzle de points de vue entremêlés qui, si elle n'a plus rien de vraiment originale au cinéma aujourd'hui, va être pensée ici avec une maîtrise tout bonnement impressionnante pour à la fois faire avancer le récit (et sa multitude de pions placés dans le même état d'incompréhension que le spectateur) et en conserver en permanence le caractère énigmatique captivant, et ce même quand le brouillard commence à s'y lever.
Ainsi, les quelques craintes de redondance que ce choix de narration pouvait peut-être soulever dans ses prémices sont purement et simplement balayées en cours de route par une portée chorale qui ne cesse de gagner en ampleur, en intelligence d'orchestration, en indices et en visages brillamment dessinés d'une communauté brisée jusqu'à un acte final cassant, lui, littéralement tout sur son passage.
Quelque part, par certaines thématiques partagées (une génération sacrifiée pour une autre, une petite ville américaine où un mal insidieux s'est infiltré, etc) et les apparitions d'un protagoniste amené à rester emblématique et susceptible de provoquer une rupture d'anévrisme au clown Grippe-Sou en personne (la filiation en clins d'oeil est assez flagrante), "Weapons" laisse parfois à penser que Zach Cregger livre ici sa propre version certes très lointaine mais tout de même cousine de "Ça", marquée de son empreinte (car oui, au bout d'à peine deux longs-métrages, on peut déjà parler d'"empreinte" susceptible d'engendrer toutes les folies, c'est dingue en soi) et traversée des préoccupations résolument modernes de l'Amérique actuelle (par ce que recouvre son titre, la désignation aveugle de boucs-émissaires sous les cris de la vindicte populaire ou bien l'onde de choc d'une vérité balancée au sein de la rationalité d'un quotidien de certitudes devenues inébranlables), le tout sans se défaire de notes d'humour parfaitement distribuées dans un vrai p*tain de film de genre, assumé comme tel, avec une générosité jamais prise en défaut de bout en bout !
Enfin, et plus largement, "Weapons" se définit surtout comme un conte de fée contemporain d'une noirceur absolument jubilatoire, détournant certaines de ses figures archétypales (identifiées ou reconnaissables) dans une réalité de banlieue américaine qui ne semblait attendre que de les accueillir à bras plus ou moins ouverts pour imploser d'elle-même devant un phénomène inexplicable. Les miettes toujours plus riches et appétissantes semées sur la route de la résolution de ce dernier conduiront vers un retour de flammes forcément jouissif, n'ayant même plus besoin de la couverture symbolique pour s'exprimer. Zach Cregger le représentera ainsi frontalement, faisant exploser dans le cadre délibérément choisi de son film le déchaînement de fureur contenu dans les versant les plus obscurs des contes sur un ton désormais débarrassé de toutes les brides que l'enveloppe de son mystère se devait de maintenir jusqu'alors.
Sommet d'un été 2025 déjà très riche en propositions de genre de très bonne tenue, "Weapons" / "Évanouis" en est clairement un aussi de cette année cinéma, tous registres confondus.
Définitivement ce que l'on appelle une claque.
Une de celles où l'on a même carrément envie de tendre l'autre joue pour un rapide second visionnage.