Évanouis
6.8
Évanouis

Film de Zach Cregger (2025)

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Laissez venir à moi les petits enfants

S'il y a un truc qui ne va pas dans le genre de l'horreur, et plus généralement dans le film de genre, ce n'est pas la généralisation des effets spéciaux digitaux, la formule du budget low cost chère à Jason Blum, ou encore la franchisation du diable de James Wan.


Ce serait plutôt cette tendance d'une partie de la critique pro, tous les deux mois environ, à proclamer le renouveau du genre ou le dernier chef-d'oeuvre de l'année, tout en gonflant une baudruche d'enthousiasme complaisant pour aussitôt la laisser s'échapper dans un lamentable bruit de pet à la sortie de la salle.


Il n'y a qu'a revenir un tout petit peu en arrière, si on a un peu de mémoire, pour se rappeler, avec Barbare, The Substance, Heretic ou encore Substitution – Bring Her Back, que pour certains vendeurs de soupe, les vessies apparaissent très vite comme des lanternes aveuglantes en forme de phénomène.


J'aurais pourtant dû me méfier, surtout avec Zach Cregger, dont l'arnaque que constituait Barbare avait laissé le masqué révolté.


Mais comme pour Coralie Fargeat, j'avais envie de laisser une deuxième chance, alors qu'Evanouis était porté lui aussi par un accueil critique bienveillant, un bouche-à-oreille flatteur et le patronage A24 en forme de rattrapage opportuniste, alors que ces filous n'avaient pas jugé utile de délier bourse quand on leur avait proposé Barbare.


Tenez-vous le pour dit : car ce billet vous criera « Jamais plus » s'agissant de ce sale escroc de Zach Cregger.


Lire à son sujet que la structure narrative de son Evanouis ferait de l'oeil insistant à celle de Magnolia aura de quoi, à la fois, faire rire et retourner l'estomac. Car Paul Thomas Anderson, lui, dans ses enchaînements, ne laissait jamais un quart d'heure d'avance à son public par rapport au film.


C'est d'autant plus regrettable que la narration morcelée de l'oeuvre, dans un premier temps, entretient savamment le mystère dès lors qu'il règle sa focale sur son enseignante victime de chasse aux sorcière, occasion de sonder les peurs et les incompréhensions d'une Amérique de semi cauchemar, et d'un père à la dérive. Dans une étrange atmosphère de Joueur de Flûte d'Hamelin.


Sauf que comme Barbare, Cregger salope littéralement son effort en introduisant, cette fois-ci, un flic idiot et un zonard crétin comme des cheveux sur la soupe rance, qui n'ont pour seule fonction que de faire avancer le scénario de manière totalement random pour, in fine, cramer son explication à peine la moitié du film en vue.


Bordel de merde, Cregger est-il à ce point incapable de tenir un film jusqu'au bout ?


Car la suite de l'aventure enchaîne les coïncidences, les jump scares moisis et les scènes d'un ridicule achevé, comme si Cregger s'évertuait à saboter l'atmosphère plutôt efficace qu'il avait mise en place et sa thématique fascinante de l'enfance murée dans le silence et sacrifiée. Il n'y a qu'à voir le pauvre Benedict Wong courant en faisant l'avion avec des yeux exorbités et son t-shirt Mickey, sommet de sortie de route dont le pauvre aura sans doute beaucoup de mal à se remettre.


Tandis que la personnification de la menace, elle, achèvera de dégoûter du film, tant elle relève du what the fuck dans sa ressemblance avec un personnage tout droit tiré de Longlegs. Sauf que Oz Perkins savait distiller le malaise sur un concept casse-gueule, lui. Zach Cregger ne suscitant quant à lui qu'un sentiment d'hilarité effarée, culminant dans une poursuite finale digne de Benny Hill.


Cregger a beau tenter de rattraper son ratage, en balançant de ci de là de la scène choc plutôt efficace. Mais trop tard, le mal est fait, en tout cas, pour le masqué.


Evanouis bouffe la feuille de match de manière tellement hallucinante qu'il en devient fascinant dans sa bêtise et ses excès de grand n'importe quoi.


Quant à présenter l'engin comme un nouveau sommet du genre, il y a de quoi en rester à la fois sidéré et sceptique. Car soit tout un pan de la critique professionnelle a encore moins de mémoire qu'un poisson rouge neurasthénique et rechigne à souligner des défauts qu'elle juge pourtant rédhibitoires dans d'autres œuvres. Ou elle participe de manière plus ou moins consciente à une hype dérisoire et complaisante en forme d'escroquerie intellectuelle.


Le masqué, lui, évitera désormais soigneusement le nom de Zach Cregger, que ce soit sur une plateforme de streaming ou au fronton de sa salle de cinéma, car se faire avoir deux fois par un tel faquin l'a bien foutu en boule.


Behind_the_Mask, pour qui c'est le sens de la critique qui s'est évanoui.

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le 13 août 2025

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