Il est difficile d’avoir un véritable a priori sur un film comme Everything Everywhere All at Once, tant les réactions qu’il provoque sont opposées. Son immense succès n’a pas empêché le film de diviser. Pourtant, dans le paysage cinématographique actuel, l’œuvre a le mérite de sortir du lot grâce à sa créativité et son envie permanente de surprendre.
Le film mélange science-fiction, comédie absurde, action et drame familial avec une liberté rarement vue. Son ton sarcastique et complètement décalé donne naissance à des scènes absurdes qui fonctionnent justement parce qu’elles assument totalement leur ridicule. On accepte rapidement de suivre cette logique, car le film possède une véritable identité. Le casting participe énormément à cette réussite. Michelle Yeoh est exceptionnelle dans un rôle qui lui permet de montrer toute l’étendue de son talent. C’est également un plaisir de retrouver Ke Huy Quan et Jamie Lee Curtis qui jouent pleinement le jeu de cet univers déjanté.
Le scénario est ambitieux et parvient à maintenir notre intérêt malgré la complexité du récit. Les différentes informations sont distillées progressivement, ce qui permet de comprendre l’histoire au fur et à mesure. Cependant, le film finit par souffrir de son propre concept. Sur une durée de 2h19, les quarante dernières minutes m’ont semblé moins efficaces, car l’enchaînement des scènes absurdes devient parfois épuisant. Ce qui était surprenant au départ finit par donner une impression de saturation. L’humour, très efficace pendant une grande partie du film, perd également de son impact lorsqu’il devient trop répétitif.
Le message final, pourtant intéressant, manque aussi parfois de subtilité. Le film aborde des thèmes universels comme les regrets, les choix que l’on aurait pu faire différemment, la frustration de ne pas avoir accompli tous ses rêves ou encore la difficulté de trouver sa place dans un monde où les possibilités semblent infinies. Beaucoup de spectateurs ont certainement pu se reconnaître dans cette réflexion sur les occasions manquées et la recherche de sens.
Cependant, cette réflexion est parfois noyée par un montage extrêmement énergique qui laisse peu de temps pour digérer les émotions ou les idées proposées. L’émotion devient parfois trop insistante, au risque de tomber dans une forme de naïveté avec cette idée que la gentillesse serait la réponse ultime face à la souffrance et au chaos.
Malgré ses défauts, Everything Everywhere All at Once reste un film important par son ambition et sa créativité. Il ose prendre des risques dans une époque où beaucoup de productions cherchent davantage à reproduire des formules déjà connues. Même si son message peut sembler parfois simpliste et que son excès finit par fatiguer, il reste une œuvre singulière, généreuse et impossible à confondre avec une autre.