Je suis soulagée d'être enfin tombée sur un bon film d'horreur. Peu importe le genre, les films indépendants sont, selon moi, ceux qui apportent aujourd'hui le plus de créativité et d'espoir au cinéma.
J'avais un peu peur que le film mette trop de temps à se mettre en place, comme c'est souvent le cas dans le cinéma d'horreur contemporain. Heureusement, les événements s'enchaînent rapidement et l'on est immédiatement happé par une atmosphère angoissante et profondément dérangeante qui ne nous quitte plus jusqu'au générique final.
Inde Navarrette est une véritable révélation. J'espère que ce rôle ne sera que le début de son ascension. Elle porte une grande partie du film sur ses épaules avec une interprétation à la fois inquiétante, fragile et surprenante. Michael Johnston est tout aussi convaincant dans le rôle de ce jeune homme timide, maladroit et peu sûr de lui. Jusqu'à la dernière minute, on se demande comment cette histoire peut bien se terminer.
La tension monte progressivement sans jamais reposer sur une succession de jump scares. Le film préfère installer une oppression permanente et un malaise qui deviennent de plus en plus étouffants. La mise en scène est particulièrement réussie : le sound design est remarquable, l'utilisation de la lumière renforce constamment l'ambiance et les scènes de violence surgissent toujours au moment opportun.
Même si la mort de l'un des personnages est relativement prévisible et que l'on devine assez vite la direction que prendra le scénario, cela ne m'a jamais empêchée d'être prise par le récit. C'est un très bon film d'horreur qui mérite largement le succès qu'il rencontre. Il est d'ailleurs impressionnant de voir qu'un réalisateur de seulement 26 ans maîtrise déjà aussi bien les codes du rythme, de la tension et de la mise en scène. J'ai hâte de découvrir ses prochains projets.
Même si le film évite plusieurs clichés du genre, je regrette que Bear reste aussi longtemps dans le déni face à des situations pourtant extrêmes. Son comportement manque parfois de crédibilité. Je me suis également demandé pourquoi il ne déclarait jamais clairement ses sentiments à Nikki alors que tout semblait l'y pousser avant que les événements ne prennent une tournure irréversible. Ses choix donnent parfois l'impression de servir davantage le scénario que les personnages eux-mêmes. En revanche, j'ai apprécié que les proches des protagonistes prennent la situation au sérieux au lieu de minimiser systématiquement ce qui se passe, un défaut récurrent dans beaucoup de films d'horreur.
Au-delà de l'horreur, le film propose une véritable réflexion sur le consentement, l'obsession amoureuse, la possession et les relations de domination. Il rappelle qu'on ne peut pas imposer une relation sans qu'elle ne devienne profondément abusive. L'une des scènes les plus marquantes est celle où la véritable Nikki parvient enfin à s'exprimer. Elle est particulièrement touchante, car elle nous fait comprendre toute la souffrance qu'elle endure.
Avec un développement psychologique encore plus approfondi de ses personnages, le film aurait sans doute été exceptionnel. Il reste malgré tout fidèle à certains codes classiques du cinéma d'horreur, tout en les modernisant intelligemment. Quelques scènes de gore risquent toutefois de rebuter les spectateurs les plus sensibles.
Ce film prouve une nouvelle fois qu'avec un budget modeste, de bonnes idées et une vraie vision de cinéma, il est possible de réaliser une œuvre bien plus marquante que de nombreux blockbusters aux moyens pourtant bien supérieurs.