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Les noces tartares
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Dès ses premières images, Evil Dead Burn laisse affleurer l’idée d’une violence intime qui ne s’éteint pas avec la mort, d’une emprise conjugale qui continue de hanter les vivants bien après les obsèques. Alice voit le spectre de son mari défunt revenir la tourmenter dans une maison où un simple repas de famille va bientôt basculer dans le carnage.
Après le succès critique et public de Vermines, Sébastien Vaniček débarque aux États-Unis avec l’énergie d’un gamin surexcité, la tête pleine d’idées et une envie féroce de réussir son entrée en Amérique. Il reprend ce qui faisait déjà la force de son premier long métrage : une bande de jeunes paumés, fragiles, un peu largués, propulsés dans un cauchemar sans issue, cette fois au cœur de la mythique maison de Sam Raimi.
La mise en scène est fluide, nerveuse, généreuse en gore et portée par un vrai sens du rythme. Vaniček filme avec fougue, avec appétit, avec une envie évidente d’en mettre plein la vue. Par moments, cette énergie déborde jusqu’au maniérisme : le film semble se regarder filmer, accumule les effets de style, les signes extérieurs de cool et les clins d’œil appuyés, de la fameuse paire de TN — ou Requin pour les anciens — aux références aux sonorités françaises, jusqu’aux easter eggs en hommage à Vermines. Une posture parfois un peu poseuse, comme si chaque plan devait rappeler qu’un auteur est à la manœuvre. Mais cette démonstration a aussi quelque chose de stimulant : elle dit la fougue d’un jeune cinéaste grisé par l’ampleur de son terrain de jeu.
Evil Dead Burn a en tout cas le mérite de moderniser franchement la franchise. Avec un budget plus conséquent, le film adopte une esthétique plus éclatante, plus frontale, où les couleurs vives et le gore outrancier prennent largement le pas sur l’angoisse pure. Et c’est peut-être là que le film s’éloigne le plus du souvenir laissé par les meilleurs Evil Dead : au-delà de l’hémoglobine et de l’excès, la saga savait aussi faire naître une peur plus sourde, plus sale, presque organique, une menace diffuse qui contaminait les corps, les murs, l’air même de la maison. Ici, cette dimension recule. L’horreur frappe, mais elle hante moins.
Et sur ce terrain, le film remplit largement sa mission. Ce nouvel Evil Dead avance à un rythme effréné, aligne les scènes chocs, les effusions de sang et les trouvailles visuelles avec une vraie générosité. Entre un léchage de dentier franchement déviant, une chute sur un lave-vaisselle transformée en gag gore d’une brutalité réjouissante, ou encore un roulage de pelle entre zombies aussi absurde que répugnant, Vaniček prouve qu’il ne manque ni d’idées ni d’audace. Le spectacle est total, souvent jubilatoire. Mais là où les anciens volets savaient faire monter l’angoisse sous la démesure, Evil Dead Burn choisit plus volontiers l’impact, la vitesse et la performance. Il impressionne plus qu’il n’inquiète.
C’est sans doute là sa limite, mais aussi son identité. Derrière ses débordements de jeunesse et son goût parfois trop appuyé pour la pose, Evil Dead Burn reste une relecture audacieuse, divertissante et résolument contemporaine de l’univers de Sam Raimi. Un film imparfait, excessif, parfois démonstratif, mais vivant de bout en bout. Et si son horreur spectaculaire prend souvent le dessus sur l’épouvante, elle n’efface jamais tout à fait ce qui affleure en creux : l’idée d’une violence masculine qui survit aux corps, d’une emprise qui continue de contaminer l’espace intime. Sébastien Vaniček s’empare de cet héritage avec panache, même s’il troque une part de l’angoisse viscérale des origines contre une horreur plus colorée, plus immédiate, plus séduisante aussi.
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