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Les noces tartares
La France brille outre-Atlantique, et pas uniquement sur les terrains de foot : après son très remarqué premier Vermines, Sébastien Vaniček débarque à Hollywood, accompagné de son coscénariste...
le 9 juil. 2026
Après le très médiocre Evil Dead Rise de Lee Cronin, la saga avait besoin d’un nouveau regard. Le film de Cronin donnait trop souvent l’impression d’un cinéma d’horreur figé dans ses propres codes, comme s’il avait vingt ans de retard plutôt que vingt ans d’avance. Cette sensation s’est d’ailleurs confirmée avec Le Réveil de la momie. Dans Evil Dead Rise, Cronin semblait surtout empiler des références horrifiques plus ou moins bien digérées, entre la citation maladroite à Shining, les plans à la De Palma un peu forcés, les personnages clichés et un rythme trop pressé qui masquait mal la faiblesse d’un scénario incapable de tenir pleinement son huis clos. La saga avait donc besoin d’un cinéaste capable de respecter son héritage sans simplement le recycler.
Le successeur fut donc désigné, et cocorico, il est français. Un certain Sébastien Vaniček, remarqué grâce à son premier long métrage, Vermines. Sur le papier, le choix ressemblait à un joli pari. Après ce premier film très gueulard, mais très bien mis en scène, Vaniček avait déjà montré une vraie fougue derrière la caméra. On y trouvait un goût du sous-texte, une énergie presque incontrôlable, et surtout une capacité à créer l’horreur aussi bien dans le détail que dans le spectaculaire. Pour Evil Dead, il devait respecter un cahier des charges très identifiable, tout en trouvant le moyen d’y imposer sa propre patte.
Résultat, c’est une réussite. Le film permet de voir assez nettement les qualités de Vaniček et de son co-scénariste Florent Bernard. Evil Dead Burn réussit presque tout ce que Evil Dead Rise n’avait pas accompli, à l’exception peut-être du final. On le comprend dès la scène d’ouverture. Chez Lee Cronin, l’ouverture était plate, trop pressée, inutile, incapable de prendre le temps d’installer une vraie angoisse. Le joli affichage du titre ne sauvait pas vraiment la séquence. Ici, avec presque rien, un bateau, deux personnages et quelques éléments très simples, le récit se pose immédiatement. Le grand mot du film, c’est l’efficacité.
En vingt minutes, le contexte est posé. On sait ce qu’il faut savoir sur cette famille, sur le danger à venir, sur les relations entre les personnages et sur les tensions qui les traversent. Là où Evil Dead Rise paraissait creux, superficiel et artificiel, incapable de nous attacher à ses personnages ou à ses enjeux, Evil Dead Burn trouve une manière plus maligne d’utiliser le cahier des charges de la saga. Même la relation pourtant prometteuse entre les deux sœurs, dans le film précédent, n’était jamais exploitée avec assez d’intelligence. Le Livre des morts, qui pourrait très vite devenir une relique ringarde de film d’horreur en manque d’inspiration, est rattaché à l’histoire familiale. Il devient un élément dramatique, presque logique, avec des règles simples qui permettent au spectateur d’avancer dans le film avec les cartes en main.
La possession est également bien amenée. Elle s’inscrit dans une chaîne assez logique, qui prolonge le système hiérarchique de cette famille. Ce n’est pas un hasard s’il y a une transmission du fils au père. Le mal circule comme une violence héritée, comme une autorité qui se contamine elle-même. C’est peut-être ce que le film réussit le mieux. Il fait exister son huis clos. Le choix de Vaniček était donc finalement très pertinent, puisqu’il avait déjà marqué les esprits avec un premier film construit sur un espace fermé, oppressant et remarquablement exploité.
La force du film tient à sa capacité à créer du suspense, des micro-conflits, des affrontements, une menace qui grossit et des tensions émotionnelles entre les personnages, sans véritable temps mort. Tout cela en une grosse heure dix, avec seulement une baraque et quelques pièces. C’est assez remarquable. On ne s’ennuie pas, on ne boude pas notre plaisir. Surtout, il y a une histoire. Il y a un sous-texte. Evil Dead Rise en avait bien un autour du fait de devenir mère, d’accepter ce rôle, mais il était tellement noyé dans le reste qu’on finissait par perdre cette précieuse ressource.
Dans cette réussite, on sent aussi probablement l’apport de Florent Bernard au scénario. Lui qui avait su, avec Nous, les Leroy, construire une vraie dynamique familiale semble ici être l’un des moteurs du film. Evil Dead Burn n’est pas seulement un film de possession. C’est aussi un récit sur une famille qui se décompose. Il parle de violence conjugale, de violence transmise entre patriarches, de rejet, de traumatisme, de deuil, de soumission et d’emprise. Les personnages ne sont pas uniquement là pour mourir dans l’ordre ou remplir une fonction dans le massacre. Ils existent par leurs liens, leurs frustrations, leurs blessures et leurs tensions. C’est ce qui rend le chaos beaucoup plus plaisant à suivre. Quand l’horreur arrive, elle ne tombe pas sur des silhouettes interchangeables, mais sur un système familial déjà fissuré.
Dans Vermines, il y avait certes des araignées mangeuses d’hommes, mais il y avait surtout un propos sur le traitement des banlieues et sur le rapport aux forces de l’ordre. Là aussi, le sous-texte donne du sens à la monstruosité, du cœur aux morts, de la chair aux squelettes et du poids aux choix. Je ne dis pas forcément que c’est profond. Je dis que c’est efficace. Et ça fait du bien d’avoir cette petite dose symbolique dans un film comme celui-là. C’est aussi l’une des directions possibles du cinéma d’horreur moderne. Quelque chose de plus psychologique, plus intellectuel, qui ne repose pas seulement sur l’épouvante provoquée par la bidoche. C’est sûrement ce que Sam Raimi souhaite avec sa licence. Qu’elle puisse se moderniser, traverser les époques, et passer entre les mains de nouveaux talents de l’horreur.
De ce point de vue-là, c’est une vraie bonne surprise. On retrouve clairement la patte de Vaniček, déjà visible dans Vermines. Il y a chez lui une brutalité très physique, surtout dans les scènes d’action. On a parfois l’impression de retrouver cette logique de captation du catch, avec ces caméramans de la WWE qui secouent l’image à chaque coup pour amplifier la puissance de l’impact. La caméra accompagne la violence. Elle la prolonge. Elle nous embarque dans un torrent où l’on perd nos repères. Cela peut devenir asphyxiant, mais c’est aussi ce qui amplifie l’angoisse.
La caméra de Vaniček a cette capacité à transcender l’espace. La cheminée, les escaliers, la salle de bain, le toit, tout devient un terrain de jeu horrifique. Elle se renverse, traverse les zones, transforme la maison en labyrinthe de violence. Il y a tellement de bonnes idées de mise en scène que certaines procurent parfois plus de satisfaction qu’une simple scène gore. Je pense notamment à cet effet classique où l’on découvre qu’une scène était vue depuis un miroir. C’est de plus en plus utilisé, mais ça reste efficace. Je pense aussi à une scène dans la salle de bain, où la caméra suit les personnages avec une vraie virtuosité la tête au plafond. Même chose pour ce plan en plongée qui rappelle celui de John Wick 4, lui-même inspiré de Hong Kong Massacre.
En termes de gore, le film remplit largement son quota. Il réussit même à aller plus loin que son prédécesseur en parcourant presque toutes les facettes possibles du genre. Il y a le gore très crade, le gore fétichiste, presque amoureux de la matière, des blessures et des corps abîmés. Il y a celui qui éclabousse les murs, celui qui cherche l’effet immédiat, frontal, généreux. Il y a aussi un gore plus ingénieux, notamment avec le siège de voiture. Puis il y a celui qui suggère, qui crispe, qui fait travailler l’imagination au lieu de simplement tout montrer. C’est là que le film comprend bien l’héritage Evil Dead. Il ne suffit pas d’être sale. Il faut être inventif dans la manière de l’être.
C’est aussi là que le film peut pêcher. Par moments, on quitte le territoire purement horrifique pour basculer vers quelque chose de très spectaculaire. Le final pourrait presque rappeler les grandes heures de James Cameron avec Schwarzenegger. Plus le film avance, plus Vaniček semble vouloir aller loin dans l’horreur, dans l’action et dans le grand spectacle. Peut-être un peu trop. C’est ce qui m’a parfois sorti de l’univers Evil Dead, avec cette impression de glisser vers un blockbuster hollywoodien (certaines cascades nous ramènent aux grands films d'action). L’ensemble reste cohérent avec le propos, surtout grâce à la volonté de conserver certains motifs, notamment celui du feu. Mais l’équilibre devient parfois plus fragile.
On retrouve d’ailleurs le même emportement que dans Vermines. Dans son premier film, lorsque le sous-texte atteignait son sommet, il perdait aussi une partie de sa subtilité au profit d’une forme d’excessivité. Une excessivité utile à l’action, à l’immersion, à la tension, mais moins au propos. Ici, c’est pareil. Quand le film pousse tout à fond, il gagne en énergie, en brutalité et en spectacle. En contrepartie, il perd parfois en finesse. L'un des point faible de ce duo Vaniček-Bernard.
J’avoue chercher un peu la petite bête, ou plutôt la petite araignée. Le film parvient quand même à mélanger le sérieux, le malaise, la violence pure, le gore bien crade et l’humour. (J'aime bien le running gag autour de la grand-mère)
Evil Dead Burn est peut-être le film post-Sam Raimi le plus abouti. Il respecte avec ingéniosité la charte Evil Dead, tout en proposant un prisme familial malin, des personnages auxquels on peut s’attacher (un risque pour cette saga), et un mélange assez réjouissant de gore, de crasse, d’humour et d’émotion. Tout n’est pas parfait. Le film peut parfois être répétitif, parfois même moins moderne qu’il ne croit l’être. En même temps, Vaniček et Florent Bernard balancent des centaines d’idées, et forcément, toutes ne sont pas excellentes. Mais c’est aussi le jeu. Quand un film d’horreur a autant d’énergie, de générosité, d’inventivité et d’envie de cinéma, on peut largement lui pardonner quelques écarts.
Créée
le 6 juil. 2026
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