Une araignée filmée en gros plan, puis une grosse paluche cramoisie qui l'écrase sèchement (on a sursauté) : après son Vermines déjà très réussi, Sébastien Vanicek frappe encore un grand coup, et est très énervé (enlevez-lui son café, ça urge). Un toutou tout mignon (attention, amis des chiens), une pauvre vieille dame handicapée, et même une gentille petite fille : il n'a aucune pitié. Avec sa méchanceté surprenante (mais moins gore que l'opus de 2013), ses thèmes plus profonds qu'il n'y paraît et sa caméra inspirée, ce Evil Dead Burn donne une leçon aux films de studios qui vampirisent un nom d'auteur, ici Vanicek a lutté pour avoir une "presque director's cut" qui lui ressemble, et ça se sent. Les plans sont magnifiques (le plan-séquence où l'excellente Souheila Yacoub se faufile entre les monstres, qui a nécessité 9 prises qui lui ont laissé des bleus, le plan renversé à 180° au plafond, la bagarre vue du dessus), le sous-texte sur la violence physique et morale dans un couple est pertinent, avec une superbe punchline finale qui répond à un "Je t'aime" toxique. Vanicek a d'ailleurs marchandé cette phrase finale contre la flopée de flashbacks (dommageables) qui sur-expliquent la relation malsaine entre l'héroïne et son ex-copain (le studio voulait le souligner lourdement à destination du public américain très dissipé en salle... Merci pour les autres, plus attentifs). Côté interprétation, Souheila Yacoub est une héroïne attachante qu'on serait prêt à défendre à coups de tronçonneuse. Quoique, c'était sans compter sur Vanicek qui aime bien jouer avec les références aux anciens opus : "Vous la voyez la belle tronçonneuse, hein, vous la voyez ? Eh ben vous l'aurez pas, c'est pas Marvel ici." (merci, Sébastien). Plus tranchante que le bras de Ash, cette référence avortée avec fracas est peut-être ce qu'on a le plus aimé dans ce film, une des nombreuses belles surprises, audacieuses, d'un opus résolument punk. La norme, c'est pas pour lui. Alors oui, on suit bien le descendant de l'auteur des recherches sur le Livre des Morts, et la suite promet de revenir au monstre du précédent film, mais pas question de passer pour l'épisode bouche-trou. On en veut pour preuve supplémentaire : la seconde scène poste-générique qui, en 3 minutes, dépasse l'interdit (s'attaquer aux gamins) qui rendait inoffensif le précédent Evil Dead Rise : en 3 minutes, il fait plus que l'opus "choc" (tiédasse) qu'il suit. La BO "so french" est une coquetterie, mais on l'aime bien, idem les plans sur lesquels on se rince l’œil, idem les idées de mise en place en amont de scènes crades qui sont bien pensées (vous la voyez la marmite bouillante au début du film ? Eh ben vous allez voir ce que ça fait,

une chair humaine bouillie et flasque

: on ne dépiautera plus jamais notre cuisse de poulet bouillie de la même manière), et toutes les références aux anciens films (la caméra en traveling volant, le Livre, etc...). Pour cet opus énervé et un peu gore (celui de 2013 est pour nous la claque "cracra" de la saga), Vanicek souffle sur le Livre des Morts (oups, l'araignée s'envole) pour conjurer la Malédiction des films de studios sans âmes. On ressuscite.

Aude_L
7
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le 12 juil. 2026

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