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Bonheur : j’ai enfin vraiment apprécié un Evil Dead.
Pas que les originaux signés Sam Raimi me rebutent, au contraire. Mais je n’ai jamais pu les voir sur grand écran. Et puis je n’avais trouvé ni le frisson ni la passion, tant le ton et l’image semblent parfois sortir d’une autre époque (le 1er a quand même 45 ans). Devant Evil Dead Rise, j’avais opiné face à sa cruauté, son ambiance claustro, apprécié la débauche d’énergie et d’hémoglobine… Sans sentir l’étincelle, trouvant souvent le temps long, face à des personnages trop neutres, un manque d’enjeux... Il ne m’en reste pas grand chose.
Cet Evil Dead Burn est bien moins cruel que le précédent opus, moins premier degré aussi. Mais en termes d’efficacité et d’intensité, ça n’a plus rien à voir. Aucun répit, en dehors de la séquence de la crémation.
Côté pile, une mise en scène pleine d’inventivité, un goût prononcé pour un certain jusqu’au-boutisme jubilatoire, une musique bien sentie ainsi qu'une image cohérente (qui évolue du froid glacial d’une chambre mortuaire au feu de l’enfer en passant par la pourriture granuleuse d’une maison délabrée). Côté face, un film un peu trop long, quelques fusils de Tchekhov inutiles et oubliés et des dialogues parfois un peu à la ramasse (en particulier je n’aime pas le jeu d’Hunter Doohan).
Mais surtout, en comparaison avec le reste de la saga, le récit proposé est (désolé pour les puristes) bien plus intéressant, bien mieux construit.
Pour développer, il va me falloir parler de Sébastien Vaniček.
J’ai plus qu’adoré Vermines : j’avais hurlé, pris mon pied, surkiffé. Le film s’était classé immédiatement en tête de mon top 2024, arrivant même dans mon top 20 de mes films d'horreur préférés. Pourquoi ? Parce que Vaniček fait de l’horreur sociale. Il ne parle pas que de monstres ou de démons ; il leur donne un sens politique directement lisible par le spectateur, qui ne se résume pas à une posture ou à un clin d’œil, mais devient un moteur horrifique.
Or, voilà ce qui m’emmerde avec Evil Dead : la plupart du temps, les démons sont des enfoirés sadiques… Parce que ce sont des démons. Même chez Sam Raimi, ils fonctionnent simplement comme des métaphores de la violence, de la perte de contrôle et de la déshumanisation.
Mais si les démons sont aussi des saloperies cruelles dans Evil Dead Burn, ils ont enfin un but clair (la dague). Surtout, il est impossible de passer à côté de la parabole dressée par Vaniček : Evil Dead Burn ne fait QUE traiter du sujet des violences intrafamiliales. Que ce soit les violences conjugales évidemment, au cœur du film, mais également parentales, misogynes et patriarcales. Tout comme le véritable sujet de Vermines n’était pas les araignées, mais l’isolement des jeunes de quartiers populaires. Si le père – qui trône à table et fait peur à tout le monde dès le début – est le premier à basculer, ce n’est pas un hasard. Si vous avez déjà vécu un dîner de famille vraiment tendu, la séquence a dû vous rappeler des choses. La violence semble se transmettre comme une maladie, les rôles sociaux et l’amour sont instrumentalisés par les démons… Comment ne pas en voir une représentation dans le tabassage du fils par son père, où la mère, pourtant elle-même déjà possédée, le supplie d’arrêter. Même la mamie sénile qui continue de croire que la seule personne racisée du film va la voler, au-delà du comique de répétition, dit quelque chose de violent sur les frontières de la famille. Des exemples, il y en a plein : ça n’arrête pas. Les démons se foutent d’ailleurs continuellement de la "famille parfaite". Et au final, la mère bascule définitivement quand sa belle-fille lui renvoie à la gueule toute la violence qu’elle a exercée par omission : le message politique se personnifie en menace concrète.
En conclusion, Vaniček est un briseur de malédictions. Il m’a fait adorer Evil Dead. Il a proposé un MacGuffin sympas pour exorciser les démons réputés imbutables. Il a réussi à garder le contrôle thématique et artistique sur un film de petit réal de genre français produit par des exécutifs étasuniens, tout en aboutissant à un résultat au poil et un box-office luxuriant. Excusez-nous, Monsieur.
Créée
il y a 19 heures
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