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Dans une rancœur mordante, le film ancre son récit dans l'oubli, la perte, la scission et les réminiscences. D'emblée, lors d'un voyage à l'étranger, Hwra-rim est prise pour une Japonaise, ce qu'elle s'empresse de corriger malgré sa connaissance de la langue. Le film nous impose déjà une partie de son cœur, l'exhumation ne concernera pas que les corps, mais aussi toute une histoire que le modernisme attendrit, mais que la chair et la terre gardent en mémoire.
Les protagonistes exploitent des archétypes garants d'une tradition séculaire, seule à même de circonvenir aux traumatismes ancestraux. Un géomancien qui gagne sa vie en revendant des concessions à de riches familles, un croque-mort, une chamane et son acolyte, vivant dans le passé, ils semblent parcourir le récit comme des fantômes inamovibles. L'assurance des débuts faisant place, au fur et à mesure, à leur chair vivant dans le présent, quand le capitalisme prend fin et que les désirs matériels se confrontent aux trahisons du passé.
Il est malheureux que le film ne parvienne pas à saisir la part d'effroi lorsque celle-ci surgit, tout d'abord subrepticement, avec ce fantôme hantant les premiers-nés d'une riche famille, avant que cette histoire mette à jour un traumatisme originel qui hante tout un pays. L'horreur ne prend jamais vraiment, la mémoire semble supplanter l'efficacité visuelle, les reflets troubles ne prennent jamais vraiment, un effet tout droit sorti de L'Exorciste de Friedkin tombe à plat en raison d'une mise en scène qui ne sait plus comment se partager entre angoisses latentes et peur primaire.
Tout est histoire de dépossession, du corps et de l'esprit, d'une terre coupée en deux, d'une terre avilie par un japon fossoyeur, d'un capitalisme qui putréfie les âmes, poussent à la trahison et éloigne de sa propre histoire. Les deux premiers quarts sont réussis, le film oscille entre langueur torve et mysticisme, la ville ne semble jamais aussi loin qu'à ces moments-là, et le peu de fois où elle se retrouve filmée, elle semble irréelle, les visages sont dans l'ombre, indicible, indiscernable, renfermant des secrets inavouables.
La nature majestueuse parait immobile, la mise en scène appose une fixité par-dessus laquelle les corps se meuvent en recherche de compréhension. La terre retient en son sein la vie et la mort et les esprits de ceux qui ne peuvent oublier. Les cinq éléments sont au cœur de chaque chapitre, faisant défiler l'histoire comme un voyage dans le temps rapprochant le groupe de leurs origines communes. Mais lorsque l'esprit du devin japonais entre en jeu, l'exubérance non maîtrisée transporte l'histoire dans un lieu où elle n'aurait jamais dû se diriger, ou pas ainsi.
La narration s'allonge et, parfois, les événements s'approchent de l'absurde, tout en se refusant à trop d'effets visuels horrifiques, une retenue incompréhensible tant l'effet d'escalade du récit chapitré semble s'y prêter. Loin d'être un échec, mais trop de retenue pour son propre bien, l'incapacité de relâcher la bride à une horreur tant psychologique que physique en fait un récit trop sobre pour nous emporter vraiment et c'est bien dommage.
Créée
le 16 oct. 2026
Critique lue 7 fois
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