En voilà un film qui a fait couler beaucoup d'encre ! "Le pire film du monde", "dégueulasse comme jamais", "banni dans 46 pays" (en réalité beaucoup moins mais ça a toujours son petit effet) et surtout star des "video nasties" ; un combat mené par Mary Whitehouse qui atteindra une dimension carrément politique, notamment à partir du moment où Margaret Thatcher soutiendra l'affaire.
Un film qui appartient autant au mondo qu'au snuff, qui joue constamment entre fiction et réalité et qui, près de cinquante ans plus tard, continue de faire parler de lui chez les adeptes de cinéma bis un peu cracra. Et forcément, ce genre d'objet filmique m'intrigue mais, encore une fois, même si c'est sorti dans les années 70, j'avais peur d'être confronté à des images choquantes (d'autant plus que je l'ai regardé en mangeant donc j'ai vraiment tout cumulé).
Eh oui car si aujourd'hui, on sait que beaucoup de scènes sont factices (la cervelle de singe, la fusillade, la chaise électrique etc.), beaucoup d'autres sont réelles (le suicide de la femme puis tous les trucs autour des animaux) et, avant de voir le film, je ne l'ai pas disséqué pour savoir quelle scène appartenait au réel et quelle scène relevait de la fabrication. Ainsi, le film prend une toute autre dimension ; l'image a beau être granuleuse (ce d’ailleurs, au contraire, rajoute un aspect assez glauque), on est toujours dérangé par ces images qui jouent constamment avec le spectateur sur la frontière entre fiction et réalité et ainsi, la première réaction logique est le dégout. D'autant plus, encore une fois, toutes les cruautés montrées envers les animaux qui sont difficilement regardables.
Et le film a beau être racoleur avant tout, ses réflexions sur notre fascination envers la mort sont malgré tout intéressantes. Car même si le réalisateur Conan Le Cilaire filme diverses pratiques culturelles liées à la mort à travers le monde, le véritable sujet du film, c'est bel et bien nous. Nous qui acceptons de regarder des scènes de mises à mort (fausses ou non), poussé par une espèce de pulsion morbide, nous rendant alors presque complice de ce que l'on considère être un objet racoleur et dégueulasse.
Et ainsi, si "Faces of Death" n'est, dans le fond, vous l'aurez compris, pas bien intéressant, il pose néanmoins des questions intéressantes quant à notre rapport aux images en nous mettant assez mal à l'aise dans cette position de voyeuriste poussée à l'extrême.