Pour donner une idée de Factory de Yuri Bykov, il faut imaginer ce que pourrait donner un film coréalisé par Ken Loach, John McTiernan et Andreï Zviaguintsev. Un film de genre, avec un aspect social très fort, dans un décor on ne peut plus marqué, à savoir une usine déjà vétuste à l'époque soviétique, rachetée par un oligarque dans les années 90 pour une bouchée de pain. Le mélange d'action et d'une thématique "gilets jaunes russes" est des plus détonant mais il n'échappe pas tout de même à une certaine surenchère sur des sujets, la corruption des élites et la misère du peuple, que Yuri Bykov a déjà traité, avec plus de subtilité dans ses opus précédents : Le major et L'idiot. Si le cinéaste pousse le bouchon un peu loin avec son scénario (Bykov a écrit, coproduit, réalisé et composé la musique du film), sa mise en scène est impressionnante de puissance visuelle, dans une atmosphère de citadelle assiégée. Le film aurait pu éviter un lourd symbolisme où le bien et le mal semblent s'affronter avec la victoire inéluctable de l'on devine qui. Non, vraiment pas nuancé, le dernier film de Bykov, réalisateur que l'on a cru un moment capable de rivaliser avec Zviaguintsev. Il l'a fait avec L'idiot mais démontre avec Factory que s'il n'est pas capable de rester à ce niveau-là d'un film à l'autre, il demeure un metteur en scène d'une efficacité redoutable, apte à produire un spectacle de haute volée. Et très, très russe !