Entre drame humain et thriller psychologique, un scénario plutôt convenu si ce n'était l'intérêt du visionnage pour l'origine du cinéaste qui après The Major et L'Idiot continue à filmer ses fuites en avant d'homme dépassés par les 'effets rebonds. La métaphore sur le pays est claire par le choix d'un environnement délabré, à la production inutile d'une métallurgie moribonde et Bykov choisi le huis clos pour se concentrer sur l'enfermement physique et moral dans lequel se débattent les ouvriers. Mené par un ancien soldat belliqueux (Denis Shvedov- The Major) ils optent pour la rançon en lieu et place d'indemnités de licenciement, après l'annonce de la fermeture de leur usine. Mais, comme souvent, tout ne va pas se passer comme prévu et l'arrivée de la police et de la milice personnelle de l'oligarque pris en otage, ouvriront le confit interne. Commençant avec une plongée documentaire de salariés répétant les mêmes gestes sur la chaîne, on pense assez facilement au cinéma de Brizé pour ses guerres sociales, mais c'est plutôt le cinéma outre-atlantique qui prend la main et ses personnages clairement identifiés du genre.
Si l'idiot se relevait des défauts de rythme du Major, et bénéficiait d'une narration parfaitement maîtrisée dans son portrait sans concession, tant social que politique, -on y retrouve d'ailleurs sa narration en temps réel et le cheminement désespéré d'une lutte perdue d'avance- le cinéaste pêche par ses longueurs et son manque de suspense, et nous sert des retournements de situations poussifs. Que ce soit la bataille rangée en milieu confiné, plaçant l'ancien soldat en zone de conflit et de trauma, où l'action brutale permet de nous rappeler la guerre de Tchétchénie et ses ravages, -et bien sûr, en miroir celle de la violence quotidienne et latente d'un pays déchiré-, ce regain de vigueur et de tension sera balayé par l'élan d'un milicien-tueur-sentimental, qui verra dans le vétéran le courage qui lui aura manqué et qui tentera de le sauver, introduisant bien maladroitement le final. Entre deux, ce seront des dialogues convenus et moralisateurs, usant du flou de motivations, sans pour autant nous donner matière à réflexion.
Avec son bon choix musical, sa qualité de mise en scène, et son environnement choisi, le cinéaste aura le mérite de dénoncer encore une fois, la politique de profit capitaliste et corrompue, et de marquer la relation complexe de ces hommes tous soumis aux mêmes aléas d'une vie de misère.
A voir pour ceux qui suivent sa filmographie.