Avec sa musique sombre et aérienne à l'image des ciels automnaux qui défilent, noirs, au-dessus des ouvriers, ce n'est pas qu'un enfer social que veut montrer Factory, mais un inferno concret qui a envahi la Terre. L'usine est un personnage avec sa volonté propre, comme si c'était elle qui liait les hommes à un prolétariat piètrement post-communiste. Elle se transforme en un nouveau Tartare, une forge d'Héphaïstos maintenue dans son propre archétype par des générations de cupidité.
Factory n'est pas la plus remarquable création de Bykov, qui a prouvé qu'il savait élaborer de bien meilleures continuités. Le film a vite tendance à s'oublier dans des dialogues et des confrontations aléatoires qui ne font souvent que nourrir une violence trop explicitée au regard de cette ambiance initialement soignée.
Il aurait pu s'en relever. Hélas, les remarques en "il aurait dû" ne font que s'entasser tandis qu'on voit le film oublier peu à peu la beauté de la douleur réconfortante qu'il mettait en scène afin de soutenir la misère imposante, presque démoniaque, de ses personnages. Il l'échange contre une franchise crasse et devient progressivement le réconfort télévisuel de la classe qu'il représente.
Quand les backstories interviennent, c'est avec un poids amoindri, parce que Bykov a laissé son cinéma s'industrialiser et s'est empêché de créer le film d'action assez indirect qu'il avait en tête. Sa fin, qui aurait pu être une rédemption diabolique, une catharsis rouge rouille et noire de cambouis, arrive platement comme une conclusion griffonnée par quelque producteur. Dommage, il n'était pas si loin du but.
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