Attention, je SPOIL à mort.
J'aime à comparer Godard et Truffaut, même si je ne sais pas si la comparaison est réellement pertinente puisque je connais finalement peu le second mais il me semble que les deux individus ont connu et pratiqué le cinéma sous le mouvement de la nouvelle vague, il y a néanmoins une différence notable entre les deux puisqu'à la différence du premier seul le second a du talent.
Bien qu'un peu simpliste voire naïf dans son fond, Fahrenheit 451 propose d'observer une forme particulière de futur où une auto-censure se pratique sous la forme d'un épitaphe (mon mot du jour) systématique sans distinction d'oeuvres ou de fond, puisque c'est ici non pas le message que véhicule un livre qui poserait soucis mais le fait, quelque peu dévoyé, que des livres puissent seulement en véhiculer ! ou pas en fait...
Car oui, sous prétexte de présenter le tout et son contraire, de montrer des analyses, d'afficher des autobiographies, des biographies, d'exposer des éléments dans une œuvre pour les contraindre ensuite dans une autre d'un autre auteur, les livres ne seraient d'un monceau de billevesées aberrantes qui ne tiendraient qu'à prouver qu'aucun auteur n'est capable de s'entendre pour trouver LA réponse, LA grande question sur la vie, l'univers et le reste et ne seraient donc bons qu'à noyer les individus sous un flot de sournoiseries fausses et immatures provoquant la tristesse et rendant pédant, prétentieux, arrogant et asocial.
A contrario la télévision, organe unique omnipotent offre aux téléspectateurs une image unique qui leur parle, qui échange avec eux, qui les accompagnent jusqu'à réduire leur capacité de réflexion à un niveau proche de zéro, mais pas grave puisqu'elle apporte cette fameuse réponse.
Vous l'aurez donc bien compris ce film dénonce clairement le fascisme, l'uniformité, et l'utilisation des forces de l'ordre, ici pour le symbole on utilisera les pompiers pour bruler, afin de standardiser les normes et les valeurs et de s'assurer qu'aucune autre forme de connaissance n'existe en dehors de celle véhiculée par la sacro-sainte télé le tout provoquant un détachement total vis-à-vis de la réalité de la part de la société qui y est exposée.
Au travers d'un couple - un pompier dont le boulot est de bruler les livres et une institutrice - aux échanges très naïfs, l'histoire tient un propos plutôt sérieux d'une manière assez décalée cela tenant essentiellement au propos initial tentant à nous faire croire que ce Paris des années 60 est en réalité un pays imaginaire dans le futur. Le pompier découvrant finalement la littérature va bien sûr rejoindre l'idéologie pro-livre de la fille et mettre à mal les idées anti-livres.
Le film est simple, peut-être trop, mais est efficace et remplis de tendresse et bien qu'une certaine austérité se dégage de l'ensemble le produit final apparait clairement intéressant et intelligent avec un vrai discours sur l'esprit critique et la diversité de la culture et de la création. Une réflexion purement artistique à l'instar de l'abnégation dont feront preuve les ultimes individus apprenant les livres du premier au dernier mot un message finalement aussi simple et naïf que ne l'est toute l’œuvre : les livres et nous ne sommes qu'un alors gravons-les nous au plus profond de notre imagination pour ne jamais les oublier.