Tiré d'une pièce éponyme de Guitry dans lequel il a supprimé le dernier acte, mais rajouté un prologue, Faisons un rêve fait partie de ces films que je trouve génial, d'un rythme fou, et en plus, on a droit à trois acteurs d'anthologie.
Il y a tout d'abord Sacha Guitry lui-même, Jacqueline Delubac (dont les multiples plans sur son visage et la façon très douce dont elle est filmée ne laissent aucun doute sur les sentiments de Guitry à son égard), et un acteur que je trouve magnifique de sensibilité, qui est Raimu, qu'on connait plus pour avoir beaucoup joué dans l'univers de Marcel Pagnol.
N'oublions pas ce prologue désopilant, et purement gratuit, où Guitry filme une salle de jeu, laissant voir une grande partie de ses amis jouer aux cartes, et toujours avec le sens de la formule comme cette phrase ; Elle s'est fait tiré la peau du visage tant de fois qu'elle a dû être décoré de l'ordre des grands blessés de la face. On y aperçoit notamment Michel Simon et Arletty, qui n'apparaitront plus dans le reste de l'histoire, constituée du cocu, de la maitresse, et de l'amant.
Une femme passe chez la nuit chez un avocat. Or, le lendemain, le mari arrive chez l'avocat, la femme étant dans la chambre d’à côté, et lui demande des conseils parce que lui aussi a couché ailleurs !
On est davantage dans le théatre filmé, avec aucun extérieur, mais quelle vivacité de la part de Guitry : celui-ci est capable de parler pendant vingt minutes sans discontinuer, sans que ça soit fatiguant, et avec une maitrise de la langue qui fait plaisir. On est toujours dans le registre de l'infidélité, avec quelques allusions grivoises savoureuses, et si Delubac est belle comme un cœur, la confrontation finale entre Raimu et Guitry est ce que j'appelle une grande scène du cinéma français, où l'un rassure l'autre sur sa tromperie, alors que dans la chambre d'à côté, il a couché avec sa femme !
Faisons un rêve fait partie de mes films de Guitry préférés, aux côtés du Roman d'un tricheur et de Bonne chance, et chaque vision se révèle être un vrai bonheur.