Dès 1938, Walt Disney envisage d'adapter L'Apprenti Sorcier dans un court dessin animé de Mickey Mouse et demande même à Léopold Stokowski, chef d'orchestre réputé, de signer la partition pour lui. Ce dernier est séduit par l'idée et accepte mais les coûts engendrés par la conception du court-métrage, qui plus est en temps de guerre, sont si élevés que ce petit cartoon se transforme progressivement en une gigantesque entreprise. De là est né Fantasia qui devient ainsi une compilation de séquences animées et musicales.
La création de Fantasia n'est pas si étonnante en soit, Walt Disney ayant déjà montré sa capacité à allier la musique et le dessin dans ses Silly Symphonies, pour ne citer qu'eux, qui lui ont d'ailleurs fait accéder à la place des grands du monde de l'animation.
Donc le voir porter à l'écran cette production hors-du-commun et surtout très risquée est tout à fait logique en plus de confirmer l'ambition grandissante du maître.
Fantasia est même encore aujourd'hui le seul Classique Disney à lorgner autour des 2 heures de film. Les enfants ne sont clairement plus la cible principale tant le concept leur paraîtra flou et même déprimant (je sais de quoi je parle, je n'ai regardé le film étant jeune qu'à cause de la présence de Mickey sur l'affiche), Walt Disney vise un public plus mature, plus exigeant qui le reconnaîtra enfin comme un artiste complet, la critique ne voulant toujours pas considérer un film d'animation comme un film normal et pointant du doigt le Papa de la petite souris.
Fantasia est donc découpé en 7 segments musicaux (sans compter un court intermède servant en quelque sorte d'entracte) et reprend pour cela les travaux des plus grands artistes de la musique classique (Dukas, Stravinsky, Beethoven, Bach etc...) pour construire ses séquences. Celles-ci varient de la poésie pure (Le Ballet de Case-Noisette,) au comique (La Danse des Heures) jusqu'au sombre (Une Nuit sur le Mont Chauve).
Aucune répétitivité dans ces extraits tant Fantasia diversifie ses "histoires", ses images et son ton. Il y en a pour tous les goûts puisque le film peut aussi bien proposer quelque chose de plus distrayant et dynamique comme L'Apprenti Sorcier où son Mickey Magicien deviendra un symbole fort de la compagnie ou quelque chose de plus noir et lent comme le segment final réunissant astucieusement Une Nuit sur le Mont Chauve où l'impressionnant Chernabog réveille les morts pour les tuer à nouveau puis Ave maria où la Lumière vient à bout de la créature.
Avec Fantasia, Walt Disney repousse toutes les limites technologiques et ne cesse de réinventer ses procédés (la création du Fantasound) confiés à ses meilleurs réalisateurs (Wilfried Jackson, Samuel Armstrong, James Algar etc..) mais ne fait pas de son film une démonstration technique sans âme. C'est l'atmosphère si particulière de Fantasia, tantôt pesante, tantôt légère, qui fascine tant le spectateur. C'est un film hors du temps qui n'a aucune limite et qui ne s'en impose jamais.
Une toute petite scène placée entre deux segments résume la maestria de Fantasia: Celle où Mickey arrive devant l'Orchestre pour serrer la main à Léopold Stokowski puis repart aussi vite qu'il est venu. Deux formes d'art se rejoignent pour former une symbiose parfaite.
Film visionnaire,, Fantasia est une oeuvre cinématographique sans égal qui ne cesse de se bonifier avec l'âge.
Magistral! Un coup de maître!