Dans la filmographie de Robert Aldrich ces "Feuilles d'automne" (1956) font un peu tache ; Un an avant, il réalisait "En quatrième vitesse" et "Le grand couteau". Le film débute sur des plans d'ombres de ramures accompagnés de la version américaine des "Feuilles mortes", interprétée par Nat King Cole. Ce thème musical accompagne le film ad nauseam, orchestré, siffloté, passé dans un juke box... On ne peut qu'interpréter le message appuyé que véhicule cette chanson dans ce scénario faible où l'héroïne, la quarantaine, (Joan Crawford en a 52 lors du tournage) tombe amoureuse d'un homme plus jeune qu'elle (Cliff Robertson en a 33), qui s'avère "psychologiquement problématique". Çà louvoie, çà minaude, les dialogues sont affligeants de banalité, la scène de la plage est pompée sans vergogne sur celle de "Tant qu'il y aura des hommes" de Fred Zinneman (1953), les "rebondissements" n'en sont pas vraiment, enfin, pour un spectateur d'aujourd'hui, qui y voit clair. Le film se traîne en longueur pour expédier en dix minutes les cinq mois d'hôpital psychiatrique que subit l'homme, et pour finir, l'amour triomphe. Douglas Sirk en aurait fait un chef d'œuvre, à n'en pas douter. Robert Aldrich a cependant un atout majeur : Joan Crawford. Souvent filmée de très près, son visage de tragédienne exprime toute la palette des sentiments. Toute la tension du film est concentrée sur ce visage magnétique, Aldrich se permettant un long plan sur ses yeux. Pour elle seule, le film mérite d'être vu. Ils se retrouveront en 1962 pour « Qu'est-il arrivé à Baby Jane », règlement de comptes acide avec Hollywood.