Vernost n’est jamais aussi juste que lorsqu’il capte l’errance charnelle de Lena qui, dans les bras d’inconnus, paraît à la fois apeurée et diablement excitée, consentante en somme à l’adultère qu’elle explore en pensant venger celui de son époux. La paranoïa croissante lui sert de prétexte, mieux construit une légitimité à son passage à l’acte : c’est dans la souffrance de se penser trompée qu’elle assouvit ses désirs et devient la proie d’une société puritaine incapable d’accepter la liberté sexuelle qu’elle incarne. Les scènes de sexe, très bien filmées, s’avèrent passionnantes parce qu’elles révèlent les risques pris par une femme pour reconquérir son corps désirable et le sentir en elle, pour elle, par le biais de l’autre.
Ce dérèglement progressif accentue aussitôt les failles d’un couple qui ne communique presque plus et dont la passion paraît éteinte ; le scénario veille ainsi à invalider systématiquement l’harmonie de leurs humeurs et met en place des états qui s’opposent en miroir l’un de l’autre : Lena rentre ivre à son domicile, comme le sera Sergueï plus tard, ses expériences sexuelles l’éloignent physiquement de son mari comme ce dernier fuyait initialement le lit conjugal pour travailler son spectacle de théâtre. Rien ne coïncide jamais, et Vernost exploite cela jusque dans sa mise en scène – pensons à ces plans sur un miroir qui réfléchit l’image d’un être qui n’est pas vraiment là.
Nous regretterons la linéarité d’un récit qui ne surprend guère et une écriture assez lourde des dialogues qui transparaît surtout en clausule, jetant sur l’ensemble une impression de facticité dommageable. Il n’en reste pas moins un film maîtrisé et audacieux qui bénéficie d’excellents acteurs.