J'ai eu l'immense plaisir de découvrir "Fight of Fury" en salle, lors de la soirée annuelle Nanarland de Lyon. Assurément le meilleur contexte pour déguster ce type de nanar pur jus, halluciné et hallucinant !
"Fight of Fury", c'est un film de kung fu, et surtout un méga-ego-trip conçu, réalisé, interprété par Shuny Bee, professeur d'arts martiaux dans la vraie vie. Prétextant rendre hommage à Bruce Lee et véhiculer une idéologie de paix, le projet transpire avant tout la vanité la plus profonde... et l'amateurisme le plus total.
Par où commencer ? Les acteurs sont évidemment médiocres, dont Shuny Bee et ses tentatives de jouer l'homme blessé ou le séducteur posé... Et sa fille (dans son propre rôle) qui se poile alors que des méchants la malmènent ! Il faut dire aussi que les dialogues lunaires ne sont guère aidants.
L'histoire est minimaliste : notre homme donne un cours d'auto-défense dans son dojo, quand un donzelle en détresse frappe à sa porte. Il tatane un groupe de sbires incompétents (mais polis, puisqu'ils attendent chacun leur tour). Et patatra, le voilà à affronter une organisation criminelle de traite humaine.
La forme est d'un amateurisme déconcertant, sans doute lié au manque de budget. Aucune gestion de la lumière, un montage hasardeux, des décors répétitifs (le dojo a été usé sous toutes les coutures, et des maisons d'amis aussi visiblement). Mais les éléments bien cocasses sont les cadrages très approximatifs, et les arrière-plans qui n'ont évidemment pas pu être gérés.
Des figurants qui regardent la caméra et les acteurs, une maman et son bébé en tricycle qui passent tranquillou devant la baston culminante, ou des voitures qui circulent comme si de rien n'était.
Parlons-en d'ailleurs des voitures, c'est le festival ! Les personnages en changent régulièrement sans la moindre explication (véhicules de location à changer ?). Ils conduisent erratiquement, passent leur temps à ouvrir des portières, à se garer, certains plans sont utilisés plusieurs fois... C'est l'un des gimmicks les plus drôles du film !
Je citerai aussi cette séquence inutile et complètement artificielle de visite chez un marchand de glace. Qui m'a furieusement fait penser à la célèbre scène du fleuriste de "The Room" !
Impossible d'évoquer ici tous les détails nanaresques, que je ne fais qu'effleurer. Il faudrait honnêtement plusieurs visionnages pour tout repérer.
J'évoquerai simplement les "hommages" à Bruce Lee, qui consistent à reprendre ses miaulements en fond sonore jusqu'à l'overdose. A imiter les scénarios simplets de ses polars urbains tels que "The Way of the Dragon". Et à mouliner stérilement du nunchaku jusqu'à l'absurde.
D'ailleurs à ce niveau les combats ont le mérite d'être aussi ridicules que nombreux. Peut-être Shuny Bee est-il un bon professeur, mais à l'écran ses chorégraphiques font surtout rire ! Avec en prime une incroyable séquence où sa fille tatane des camarades d'école peu affables (!).
"Fight of Fury" est donc un délicieux nanar, tant par sa mégalomanie que par sa générosité.