La scène indé américaine est décidément riche en vanity projects rafraichissants. Après un Match-Stick Flame fort réjouissant, voici Fight of Fury, bébé filmique de Shun Bee, pratiquant martial népalais auto-proclamé réalisateur/scénariste/acteur. Et le bonhomme a des choses à dire au monde, tartouillant partout ses grandes déclamations philosophiques qu'il entrecoupe de bastons one vs all, rythmées par une avalanche de "wataah !" hommages à Bruce Lee (le pauvre se retourne tellement dans sa tombe qu'il y a probablement créé un vortex). Il tabasse également le montage dans le but d'obtenir sa ceinture noire de faux raccords, dont la présence constante et insidieuse ajoute une touche de fascination à une œuvre déjà bien guedin. C'est bien simple, y'a quasi rien qui va et pourtant, tout tient miraculeusement grâce à la sincérité et à la candeur de Mr Bee, prouvant ainsi que le nanar contemporain existe bel et bien et que sa flamme brillera toujours autant qu'il y aura des egos prêts à l'alimenter en carburant. Merci pour ce grand moment de rigolade, et vivement la suite !
Avis de septembre 2025
Un revisionnage en grandes pompes sur grand écran et avec grand public qui confirme le statut doré de Fight of Fury. La pastille inédite fournie par Shuny Bee himself en présentation de son film concentre déjà toutes les raisons pour lesquelles on aime son cinéma, la sincérité absolue de sa démarche ne pouvant être niée... tout comme ses lacunes techniques. Une pensée émue pour Bruce Lee à qui, on le rappelle, toute l'œuvre de Bee est dédiée.
J'avais déjà évoqué toutes les qualités de Fight of Fury dans mon précédent avis, qualités qui se confirment à la redécouverte. Mais c'est aussi l'occasion de prêter attention à plein d'autres détails, comme cette cravate accrochée seule à un mur en face duquel Shuny se détend et médite sur sa vie. Le gimmick des conduites erratiques de voiture a pas mal animé la salle, amenant à des débats post-Nuit sur les hypothèses explicatives : je propose pour ma part la location de voitures chicos européennes (BMW et Audi de mémoire), sans doute en boite manuelle. La qualité abominable du mixage son fut une autre source d'appréciation de la nature artisanale du produit, heureusement compensé par les sous-titres français (merci John Nada et Sledgehammer).
Tout le monde s'est finalement entendu sur l'occasion loupée par Shuny Bee d'afficher un QR Code pour le financement de la suite tant annoncée (dans laquelle sa fille kidnappée aura pris 10 ans vu le délai de tournage entre les 2 films... tout comme son chien si "affectueux"), tant le cliffhanger de malade aurait conduit à des dépenses immédiates plus de 2000 personnes.