Les 13 premières minutes de Fin de siècle sont muettes. Il y a juste un homme, un argentin à Barcelone, qui entre dans un appartement, marche dans la rue, se rend à la plage où il remarque un autre homme, qu'il revoit ensuite. Rencontre amoureuse sans lendemain ? Pas du tout. Au fil des conversations entre les deux protagonistes, malgré leur apparence physique qui ne change pas d'un iota, l'on s'aperçoit qu'une partie du film a lieu 20 ans plus tôt et que les dernières scènes sont encore postérieures, à moins qu'elles n'existent tout simplement pas et soient le seul fruit de l'imagination. En brouillant les temporalités et en réduisant le métrage à trois personnages (une femme est brièvement présente), le cinéaste argentin Lucio Castro prend le risque d'entretenir la confusion auprès des spectateurs les plus cartésiens. Il est à vrai dire difficile de se laisser entraîner par le romantisme de ce film flottant entre réalité, souvenirs et fantasmes, avec son minimalisme narratif. Les scènes de sexe, assez crues, semblent paradoxales dans un environnement plutôt doux et contemplatif même si des sujets essentiels émergent, sans être fondamentalement développés comme le SIDA et la parentalité. C'est plutôt le rhème du couple, qu'il soit gay ou non, dans sa résistance au temps, qui semble majeur, traité d'une manière sophistiquée mais peut-être bien trop précieuse et alambiquée pour qu'on ne suspecte pas le film de Lucio Castro de viser d'abord les audiences des festivals et l'assentiment de la critique avant d'espérer atteindre le grand public.