Il est des films qui vous marquent après visionnage. C'est le cas pour "Fin de siècle". Sa lenteur, sa poésie des cadres et ses longs silences viennent esquisser les pages d'un poème sur les rapports sexuels et le couple à la veille de l'an 2000 jusqu'à nos jours. Il y a du Wong Kar-Wai dans ce passage des années. Vingt années qui viennent synthétiser les rapports entre hommes avec l'apparition des réseaux comme Grindr notamment.
Le parti pris de ne pas vieillir les acteurs peut au départ rebuter ou questionner, et pourtant cela trouve tout son sens dans la 3ème partie du film.
La première partie traverse la réalité, un homme se sentant seul dans une grande ville aperçoit un homme de son âge sortir de chez lui, le recroisant au détour d'une rue avant de le revoir au bord de la mer, est-ce un hasard ? Et s'il fallait l'aborder. Il n'osera pas avant de se lancer en le revoyant au bas de son balcon. A la seconde partie, nous voilà plongés dans les souvenirs. Ils se connaissent. Pas un hasard que le baigneur arbore un tee-shirt "Kiss". Un souvenir amère de découverte, de sensation, de rencontres et surtout de questionnement. Et si je pouvais attraper le Sida en couchant avec le premier venu ? Qu'est-ce que l'attirance mutuelle ? C'est la 3ème partie fantasmée qui vient clore une boucle. Et si on avait vécu ensemble, qu'elle aurait été notre vie ? Et si cela n'avait pas empêché de nous poser les mêmes questions ? Avant ce retour froid et silencieux du silence.
Il était évident que les acteurs devaient garder le même âge à 20 ans comme à 40. Ils sont leurs propres reflets. Ils n'ont pas changé. En se retrouvant, ils repartent 20 ans en arrière. Le temps s'est figé après leur rencontre.
Et ce qui est très beau dans ce film. Le temps et le silence. Ils sont les mots et les maux d'une partie des jeunes gays de cette nouvelle époque. On a beau avoir des applications montrant tous les gays à proximité, nous permettant de nous sentir seul, finalement on l'est encore plus. Mais si nous étions en couple, est-ce qu'on ressentirait pas encore cette solitude ?
Ce film est un poème à l'image du métier d'Ocho. Une ode aux rencontres et aux amours à l'aube du nouveau siècle, au crépuscule du précédant.