• Face à Fitzcarraldo, je n'ai pas eu l'impression de visionner une simple fiction, mais plutôt de contempler un défi lancé aux lois de la nature. C’est une œuvre qui transpire une forme de démence cinématographique, où la frontière entre l'ambition du personnage principal et l'obstination du réalisateur finit par s'effacer totalement dans la boue de l'Amazonie.

Ce qui m'a transporté

  • ​Ce qui me frappe avant tout, c'est l'authenticité brute. À l'heure du tout-numérique, voir ce véritable navire à vapeur de 300 tonnes se hisser lentement sur une pente boueuse en pleine jungle m'a donné le vertige. Il y a une dimension physique, presque palpable, qui rend l'expérience unique. On sent la sueur, la peur des figurants et l'obsession qui suinte de chaque plan.
  • ​Klaus Kinski est, comme à son habitude, magnétique. Son regard halluciné colle parfaitement à cette ambition démesurée : construire un opéra au milieu de l'enfer vert. La musique de Caruso qui résonne sur le fleuve, défiant la forêt, est l'une des images les plus puissantes que j'ai vues au cinéma. C'est le triomphe de l'inutile et du beau sur la raison.

Mes réserves

  • ​Pourquoi "seulement" un 7/10 alors ? Parce que le film est, à l'image de son tournage, excessif et parfois épuisant. Le rythme est inégal, avec des longueurs qui m'ont parfois fait décrocher. Herzog s'attarde tellement sur la prouesse technique de son navire que la narration en pâtit par moments.
  • ​De plus, il est difficile pour moi de faire totalement abstraction du contexte de production. Savoir que le tournage a frôlé le désastre humain crée un malaise qui teinte la vision du film. On admire le résultat, mais on s'interroge inévitablement sur le prix payé pour ces images.

​En Conclusion

  • Fitzcarraldo est un monument d'hubris. C'est un film imparfait, trop long et parfois assommant, mais il possède une âme et une démesure qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. C'est le témoignage d'un cinéma qui n'existe plus : celui où l'on risquait tout pour la pureté d'une vision.
DirtyVal
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le 9 déc. 2025

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DirtyVal

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