Vu en avant première en présence du réalisateur Cristian Mungiu. Commençons par dire que Fjord est un film parfaitement dans l'air du temps pour ce qui est des thématiques traitées Ainsi qu'une œuvre qui s'impose au spectateur comme une sorte de savant mélange de Ken Loach pour tout l'aspect cinéma social et de Michael Hanecke pour la froideur et la précision dans la manière de décortiquer les mœurs ainsi que la culture d'un endroit et d'un moment donné.
Autant dire qu'il y a pire comme références dans le cinéma et d'ailleurs, en réalisateur déjà expérimenté (7 films, dont une précédente palme d'or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours), Mungiu n'a absolument pas à rougir de la comparaison avec les deux maîtres en fin de carrière. Sa mise en scène est belle, sa photo magnifique, sa réalisation est au scalpel, ses interprètes sont criants de vérité, et ses dialogues réalistes et inspirés. Mais ce n'est pas tout, car Fjord a visiblement aussi été trés bien documenté, notamment en tout ce qui concerne le système judiciaire et celui de protection de l'enfance Norvégien. En termes purement formels et cinématographiques, le film est assez admirable et il difficile de lui reprocher quoi que ce soit.
Sans aller jusqu'à parler de ses possibles défauts, là ou il peut, en revanche, soulever certaines questions, c'est sur le fond de son récit. Car, comme la majorité des films ayant remporté la récompense suprême à Cannes, Fjord a vocation à nous délivrer un message universel. En tout cas c'est l'impression qu'il donne clairement et l'intervention du réalisateur après la projection allait aussi dans ce sens. Sauf que, si l'on regarde de plus prés, le film de Mungiu se déroule dans un univers trés bourgeois ainsi que dans un coin perdu et peu peuplé d'un pays de seulement 4 millions d'habitants. Quand il nous plante le décor, on est clairement dans un univers trés privilégié et donc par définition pas vraiment représentatif de l'humanité.
Je ne suis pas certain que si cette famille roumaine s'était installée dans la banlieue de n'importe quelle grande métropole occidentale, en envoyant ses enfants dans une École publique lambda, la suite du récit aurait été la même (mais peut-être me trompe je...) Et d'ailleurs, c'est finalement assez logique de le penser, puisque toute la spirale destructrice qui se met en place dans Fjord, repose justement sur cette idée de proximité et de population trés réduite ou l'anonymat n'existe pas et où chacun épie discrètement l'autre en portant un jugement sur lui. D'ailleurs, le film devient assez rapidement (et à raison au vu de qui nous est montré) une charge contre la mentalité rigide et le système administratif et judiciaire qui l'est tout autant, des norvégiens, dont le portait brossé est assez peu flatteur.
Mais peut être vais-je trop loin avec ces considérations, car Fjord reste avant tout un film à suspense haletant et de trés bonne facture. Un peu à la manière d'une autre palme d'or: Anatomie d'une chute, mais avec une dimension sociologique et internationale en plus. Et, comme une preuve supplémentaire de sa capacité à scotcher et à passionner le spectateur, les 2h26 qu'il dure passent... à toute vitesse.
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