Documenterres
À peu de mois d'intervalle, deux documentaires sur Les soulèvements de la Terre sortent dans les salles françaises, comme une tentative de légitimer le mouvement après qu'il ait voulu être dissout par le ministre de l'intérieur, en vain.
Forêt rouge, de Laurie Lassalle, se concentre sur la ZAD de l'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes, et alterne témoignages et prise de vue directe de l'action en cours.
Soulèvements, de Thomas Lacoste, en serait un appendice. Démarrant à Notre-Dame-Des-Landes, il continue son chemin en recueillant les témoignages de plusieurs militant.es du mouvement, dans plusieurs causes et actions menées en France hexagonale.
Portrait d'une jeunesse/population en colère, réclamant justice et protection de la nature et des territoires français, ces deux documentaires ont les mêmes qualités et les mêmes défauts, en plus de leur singularité propre.
Soulèvements est moins violent, puisqu'il est constitué entièrement de témoignages. Forêt rouge, avec ses scènes sur le terrain, témoigne de la violence de cette lutte, montrant la ZAD comme une utopie (étymologiquement un lieu qui n'existe pas, ce qui pourrait être la définition d'un décor de cinéma).
S'ils montrent des moyens de lutter radicaux et joyeux à la fois, s'ils tentent de légitimer les actions des mouvements et collectifs des Soulèvements de la Terre, et s'ils tentent de démontrer que les enjeux dépassent la simple protection de l'environnement (santé, économie...) et qu'ils appellent à la mobilisation générale, les interluttant.es sont tous.tes blanc.hes.Ce n'est pas un drame en soi, mais c'est dommage, quand on veut faire un portrait de la France qui lutte.
Il se dégage de ces témoignages et de ces scènes, de véritables moments de joie, de transmission, d'envie, qui pourraient déteindre sur les publics de l'autre côté de l'écran. Mais les détracteurs diront que l'objectif de ces films est de faire une publicité géante, au lieu d'être l'espace d'un débat, ce qui est le propre d'une utopie, et le propre du dernier décor de cinéma qu'un film connaît : la salle.
Ces films sont matière à ciné-débats, mais pas totalement des films-débats. À voir, évidemment, mais en groupe.