Le film part de la lutte pour finir dans l'onirisme béat. Encore une fois, la réalisatrice se retrouve à fantasmer l'idée de nature. Le pourquoi du combat se retrouve réduit à quelques plans sur des insectes et autres salamandres et à l'anthropomorphisme. Voyez-vous les arbres font des câlins aux hommes.
L'écologie se retrouve réduite à la poétique, balayant toutes les aspirations sociales et politiques qui commençaient à prendre corps dans la première partie du film.
Parce qu'à la différence de Directe Action, on finissait ici par se pencher sur le fonctionnement de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Malheureusement, ici la réalisation ne suivra pas, on ne laisse jamais le temps. Aucune respiration n'est permise, chaque plan est court, pris sur l'instant sans tenir compte de sa qualité esthétique. Alors, quand il s'agit des batailles rangées contre la gendarmerie mobile, c'est compréhensible mais pour le reste, on a le sentiment qu'elle ne sait pas faire le point. Ce qui est dommage quand on cherche à nous montrer l'émerveillement face à la nature.
Cependant, j'ai bien aimé voir les gens parler, pleurer, reconstruire sans cesse, ne pas se décourager. Il y a quelque chose de profondément touchant dans cette détermination, même après avoir tout perdu. C'est quelque chose qui m'épate réellement, sans doute parce que je ne pense pas en être capable. Et en même temps, ce n'est pas ce modèle de lutte que je trouve viable pour tous. Sans être un techno-solutionniste dingo, on peut en faire une critique raisonnable. C'est au final, un espace marginal à la société capitaliste, une "utopie" qui n'est possible que pour quelques uns. Des discours réalistes, on parle d'un accord avec l'Etat aux complaintes naïves. Un mec déclare aux gendarmes "tout cela ne vous émeut pas ?". Mais, ce sont les mêmes qui t'appellent "pue la pisse" donc non, je ne pense pas.
Le film se conclut sur une veillée, comme au XIX° siècle, où l'on se replonge dans les luttes pour les Communaux et la Guerre des Demoiselles, pour penser les luttes actuelles. Le slogan "Nos futurs" prend alors une dimension bien réactionnaire quand on fait sans cesse appel à un passé fantasmé pour qu'il prenne réalité. Parler de sorcière, c'est bien gentil mais pourquoi ne pas évoquer les forestiers du Poitou ? C'est ce qui me dérange dans le fond, faire appel à des modèles mystiques pour penser la lutte d'aujourd'hui tout en bandant l'idée de nature comme quelque chose d'immuable, sans penser son propre rapport à l'environnement qu'on occupe. Dire, on se bat pour les salamandres, ce n'est pas une alternative viable.