Dès le début du film, l’indice est révélé: c’est l’antagonisme entre le feu et l’eau qui sera l’élément clef de cette histoire. L’introduction pleine de bruit et de fureur apporte comme celle du roman d’origine le contraste entre la glace, métaphore de la vie du monstre, qui fait prisonniers les corps et les esprits, et la chaleur qui libère la force et la violence. Car cette glace qui se brise est à l’image du monde de la créature qui tombe en ruine depuis qu’on lui a donné vie. Un marin crie: « it is still alive!» Rappelons-nous de la fameuse phrase: « It’s alive ». Comme si la boucle devait être bouclée. Et tandis que Frankenstein qui a joué à Dieu se désigne lui-même comme un diable, seigneur d’un royaume de braises, Prométhée voleur de flamme, le monstre s’enfonce dans l’eau glacée, limbes d’où le simple mortel ne revient jamais, mais de laquelle l’éternel nouveau-né s’extirpe comme d’une matrice inhospitalière.. Après tout, il est écrit sur la façade de la maison Aqua est Vita.
Mais voilà, après cela le scénario s’éloigne de plus en plus du roman pour inventer une histoire qui met Victor au centre de l’histoire et Del Toro commence à recycler jusqu’aux décors de ses anciens films (la tour ne ressemble t-elle pas étrangement au château en ruines de Crimson Peak, jusqu’au trou dans le sol et à la pluie de feuilles qui remplace la neige qui tombe du toit?). Le monstre et son expérience du monde sont expédiés à la fin et on a du mal à comprendre même son parcours. Quant au personnage d’Elizabeth, sœur adoptive et épouse à l'origine mais surtout pomme de discorde entre Frankenstein et le monstre, elle perd ces attributs pour un rôle certes plus moderne adapté aux attentes d’un public qui ne veut plus voir les femmes comme faire-valoir, mais d’un intérêt finalement moindre caché derrière des costumes flamboyants confinant au ridicule.
Cette énième adaptation de Mary Shelley n’est pas une réussite et sans vouloir tomber dans le passéisme, finalement on a envie de revenir à la version de Kenneth Branagh.