Frankenstein par Del Toro, cela résonne comme une évidence.
Comme Tim Burton ou Peter Jackson, le cinéaste a évidemment grandi avec l'amour des films de monstre de la Hammer, donnant vie à son propre bestiaire au fil de ses œuvres avec une perspective s'interrogeant très souvent sur le lien qui unit une créature à son créateur.
Adaptation plutôt fidèle dans l'ensemble du roman du Mary Shelley, ce nouveau "Frankenstein" irradie bien entendu de la vision romantique de son auteur pour le mythe littéraire à travers la beauté de l'immensité de ses décors gothiques, reflets des tourments de ses personnages et, plus particulièrement, de ceux de son savant "fou", Victor Frankenstein, dont l'évolution, tout autant basée sur des racines intimes vénéneuses qu'influencée par le contexte macabre de guerre/folie humaine en toile de fond, va logiquement engendrer son obsession de transcender la mort.
Des étincelles de vie ainsi produites dans un laboratoire ayant tout d'une fosse mortuaire entretenue par un esprit malade va naître la fameuse créature, superbe symbole d'innocence que Del Toro s'approprie ensuite pour en faire finalement l'incarnation du fantastique, de son fantastique, devenu sa langue cinématographique afin de toucher à l'universalité des maux de l'Homme, ici mis en exergue à chacune des confrontations avec son créateur. Comme un miroir d'humanité sur les ténèbres de l'âme de ce dernier, ceux qu'il voudrait à jamais étouffer mais dont il ne pourra jamais se défaire, même lancé dans une fuite en avant désespérée.
Irréprochable sur la forme (presque du niveau de "Crimson Peak" qui lui restera malgré tout supérieur à nos yeux), ainsi que sur l'interprétation (Oscar Isaac fait le pari plutôt payant de la grandiloquence, le colosse Jacob Elordi fait transparaître toute la naïveté en mutation de la créature durant son errance et Mia Goth campe une parfaite Elizabeth aimantée d'un extrême à l'autre), "Frankenstein" s'impose comme une des adaptations les plus intéressantes du roman, transfigurée comme attendu par les obsessions de son auteur qui y trouve forcément le carcan rêvé pour leur faire prendre vie, il y manque sûrement un petit supplément d'âme et de surprise pour réellement nous en faire sortir à terre en termes d'émotions délivrées mais le récit du docteur Frankenstein et de son monstre n'aurait pas pu trouver un meilleur artiste pour en devenir le porte-voix à l'heure actuelle.