Certes, les gens verront ce film comme une énième adaptation du classique de la littérature fantastique écrit par Mary Shelley, et qu’il n’y aurait rien d’intéressant à raconter de plus mais c’est mal connaître Del Toro le grand maître du cinéma fantastique et de science-fiction.
Plus qu’une simple adaptation, le film se présente comme une lecture profondément intime du roman, où le monstre devient un miroir des thèmes qui traversent toute l’œuvre de Del Toro : la solitude, la marginalité et la quête de reconnaissance.
Dans sa mise en scène, Del Toro transforme le gothique classique en un univers tactile et poétique. Les décors, tout en textures et en lumières travaillées, donnent au récit une dimension presque vivante, où chaque ombre et chaque reflet portent l’émotion des personnages. La créature n’est pas seulement une figure de terreur, mais un être profondément humain, magnifié par la performance et le maquillage, signatures du cinéma de son réalisateur.
Le casting contribue pleinement à cette lecture sensible. Oscar Isaac, en Victor Frankenstein, offre une performance impressionnante, mêlant intensité et complexité morale. Mais c’est surtout Jacob Elordi, dans le rôle de la créature, qui surprend par sa justesse : capable d’alterner entre l’effroi inspiré par sa présence et un regard chargé de tristesse et d’humilité puissantes. À leurs côtés, Mia Goth propose un jeu tout en retenue, dégageant un charme singulier et gothique, parfaitement en phase avec l’atmosphère du film.
Visuellement, Frankenstein est époustouflant. En termes de cadres, de lumière et de composition, c’est clairement l’un des plus beaux films de Guillermo del Toro. Décors somptueux, textures travaillées, et direction artistique impeccable créent une atmosphère immersive et poétique, qui emporte le spectateur du début à la fin.
Pourtant, le film souffre de quelques défauts : certains moments deviennent un peu lourds, lorsque Del Toro insiste trop verbalement sur la notion de “véritable monstre”. De plus, on note par moments une utilisation de fonds verts et d’effets numériques un peu trop visibles, parfois moins bien intégrés, ce qui casse légèrement l’immersion dans certaines séquences.
Malgré cela, Del Toro réussit à réinventer un mythe que l’on pensait immuable, en y insufflant son style singulier et une modernité émotionnelle qui emporte le spectateur jusqu’à la dernière image.