Comme de nombreux penseurs de gauche l'ont déjà formulé, toute domination doit être remise en cause. Certains glissent quelques exceptions, dont la domination des parents sur les enfants. Frankenstein renverse cette exception en transformant le père en monstre, en un tyran injuste.
Tout part d'un voeu pieux, qui vient du bon côté de l'histoire : créer la vie à partir de la mort. C'est le plan de Victor Frankenstein. Il projette toute son énergie, tout son amour puis toute sa haine. Quand il réussit, il exulte. Il n'y croit pas. Commence alors la représentation d'un film de genre. Le même genre que celui de L'enfant sauvage de Truffaut, ou du Kaspar Hauser d'Herzog, deux films qui mettent en scène un enfant qui doit apprendre à vivre en communauté après des années dans dans la solitude.
Ici, la Créature apprend difficilement. Alors son maître s'énerve, comme un père s'énerverait car ça fait quinze fois qu'il explique à son fils comment tenir une cuillère. Il est plus que déçu, il a peur. Peur des responsabilités induites par le rôle de créateur. Alors il fuit et laisse sa Créature pour mort.
La différence avec les films précedemment cités, c'est que cet enfant monstrueux réussit à s'affranchir de son père, son maitre. Il survit et trouve une bonne âme qui lui apprend à parler, action fondamentalement humaine. Cette bonne âme est incarnée par un vieillard aveugle, donc qui ne voit pas le corps bestial de la Créature et l'accepte tel qu'il est, comme un solitaire qui demande le gîte. Sa voix prend forme, il s'habille de vêtements : la Créature devient un humain. Seule sa force l'en différencie.
Il retourne le stigmate. Désormais, c'est lui qui traque le Docteur Frankenstein par esprit de revanche. Acculé et blessé, ce dernier se repend finalement. Il se rend compte qu'il a donné vie à quelque chose de sensible, d'intelligent - à ce titre, la Créature est comme une IA qui se rebellerai, comme dans le jeu Detroit : Become Human par exemple. Quelqu'un auquel Docteur Frankenstein aurait du avoir du respect, à qui il aurait du respecter la dignité. Quelqu'un de beaucoup plus humain qui lui.