D'ordinaire pas forcément fan du travail de del Toro ni de l'histoire de Frankenstein, mon idée de départ était clairement de faire l'impasse sur cette production à rallonge que je présupposais assez impersonnelle et trop épaisse. Et puis quand même, ce vilain défaut qu'on nomme "curiosité" : d'abord 15mn juste pour pouvoir passer à autre chose sans regrets, puis 15 de plus pour confirmer avec surprise ma première bonne impression... puis les deux heures restantes avec un intérêt auquel je ne m'attendais donc pas.
Malgré tout, j'avais un peu raison de craindre une entreprise trop lourde : on n'en est jamais vraiment très loin avec ces décors surchargés et ces messages martelés (oui, le monstre n'est pas celui que l'on croit, on a compris) mais il se trouve que del Toro réussit ici à porter le poids de ses ambitions avec une force convaincante, avec justesse, sans doute habité par son amour de jeunesse pour le texte de Mary Shelley. Ainsi, un rythme fluide et peu de longueurs pour une œuvre massive non dénuée d'habiletés, à la fois cruelle et tout emplie de compassion, orageuse, ténébreuse, impétueuse face à la mort mais pénetrée toujours de cette passion, de ce besoin de retour au cœur qui peut transformer l'horreur d'exister, la faute originelle en drame purifié.
Imposant, luxuriant, les obsessions intimes de del Toro affleurant en abondance, tragique à souhait et porté par une souffrance sans fond, ce Frankenstein version 2025 sera donc le premier à m'avoir, si ce n'est troublé, du moins transporté, emmené sur son chemin, de la vie qui bat dans l'effroi à la neige sans fin.