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La découverte de la version del Toro de Frankenstein m’a donné envie de combler l’une de mes lacunes qui traînait depuis trop longtemps dans le tiroir des “un jour sans doute”, à savoir les monstres classiques du studio Universal. Je n’avais à ce jour vu que Creature from the Black Lagoon, et pas dans les meilleures conditions. Ni une, ni deux, je me trouve un coffret en forme de cercueil qui reprend huit des piliers du studio et démarre le cycle avec Dracula de Tod Browning. Si ce dernier m’est apparu comme une curiosité cinéphilique sans réel intérêt outre son importance historique et culturelle, je me réjouis par contre de m’être régalé devant le Frankenstein de James Whale.


Il est également directement tiré d’une pièce, mais il joue dans une toute autre catégorie. La théâtralité ne concerne plus que certaines expressions des comédiens, le film se parant d’une richesse visuelle qui tire dans les (car)pattes du vampire campé par Lugosi.

Outre l’esthétique irrémédiablement constitutive du personnage dans l’esprit des gens depuis presque un siècle, Whale emprunte à l'expressionnisme allemand dans l’élaboration de son image : là les décors biscornus façon Caligari de la tour de guet abandonnée, gothique à souhait, ici les jeux d’ombres qui s’allongent alla Nosferatu. Tout est déformé, des projets du scientifique fou au personnage du bossu, absent de la nouvelle originale.


L'œuvre présente un caractère faussement désuet de l’approche scientifique du comportement et de la morale par des facteurs entièrement biologiques plutôt que par des facteurs environnementaux. Une affirmation démentie par ce que raconte in fine le film, faisant des stimuli externes la cause des actions des créatures : on le bat, il frappe en retour, on lui sourit, il est béat. C’est un enfant qui répond par mimétisme et que le jeu muet de Boris Karloff vient mettre en totale empathie pour le spectateur. Et ce malgré l’horreur de la mort de Maria, décuplée par la déambulation funéraire du père en pleines festivités. On comprend l’accident, et voir la créature penchée au-dessus de la rivière dans une expression mêlant rires et larmes à quelque chose de déchirant. Il est confus et ne saurait exprimer ce qui le traverse, ne le comprenant lui-même pas.


Ce qui frappe également, et notamment par rapport à l'œuvre de del Toro, c’est la concision du récit qui démarre là où une heure s’est déjà écoulée chez le mexicain, alors que Frankenstein assemble des bouts de cadavres déterrés. On va à l’essentiel, tout comme pour les proches du scientifique qui n’ont pas besoin d’expliciter les relations qu’ils entretiennent avec lui, celles-ci passant directement par leurs interactions. L’hubris du docteur n’est même pas impliquée, elle est directement explicité par une citation qui aura valu censure dans certains états pour son caractère blasphématoire : "In the name of God? Now I know what it feels like to BE God!".


Il est indubitable que le caractère très condensé du récit joue en faveur de son efficacité, surtout pour une découverte en 2025, tant tout ce qu’il a à raconter irrigue notre imaginaire populaire et peinerait à surprendre aujourd'hui. Mais le film de James Whale ne se contente pas des thématiques de Shelley et possède une réelle richesse visuelle et émotionnelle que ne laissait pas présager Dracula. J’ai hâte de découvrir The Invisible Man et Bride of Frankenstein du même cinéaste.

Créée

le 4 déc. 2025

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Frakkazak

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