Guillermo del Toro qui touche à Frankenstein ? On se doute que ça ne va pas être léger comme une soirée pyjama, mais cette fois le monsieur surprend : le film est moins graphique que ses précédents délires visuels. Oui, c’est beau — évidemment que c’est beau, c’est du Del Toro — mais c’est une beauté plus retenue, presque timide… du moins jusqu’à l’Antarctique, où chaque plan donne envie de mettre un bonnet.
Ce Frankenstein tape clairement plus dans le philosophique que dans le gore. Pas un remake de 1931 ou 1994, mais une réflexion plus proche du roman, même si Del Toro se permet deux-trois libertés, comme si Mary Shelley avait oublié de lui laisser une note d’excuses. Le film questionne la création, la responsabilité, la solitude — bref, quand on sort, on a presque envie d’appeler sa bouilloire pour s’assurer qu’elle n’a pas de traumatisme d’abandon.
La narration est bien pensée, fluide, intelligente… mais on sent quand même qu’Elizabeth n’a pas eu droit à son temps d’écran mérité. Dommage : avec deux scènes de plus, elle aurait peut-être pu exister autrement que dans la colonne “catalyseurs émotionnels”.
Au final, on est en territoire Del Toro pur jus : direction artistique magnifique, univers cohérent, profondeur thématique claire sans être pontifiante. Est-ce son meilleur film ? Non. Son pire ? Non plus. Mais est-ce un film qui va rester dans un coin de ta tête pendant un bon moment ? Très probablement. Comme la créature : imparfait, mais inoubliable.