Opus tardif de la filmographie d’Arthur Penn, Dead of Winter a tout du petit polar un peu méchant à prendre au troisième degré pour être apprécié.
Autour d’une intrigue alambiquée, permettant à la comédienne Mary Steenburgen de jouer trois rôles différents, entre sosie et sœurs jumelles, Penn nous concocte un thriller improbable qu’on pourrait situer à la croisée de Misery (pour le volet séquestration) et d’un De Palma période eighties : le double, le vol d’identité, l’aliénation ou le fait de faire revivre des mortes emprunte autant en effet à ce dernier qu’à celui qu’il n’a cessé de piller, Hitchcock. Celui-ci est d’ailleurs explicitement cité dans une séquence où le majordome monte un verre de lait à celle qui ne sait pas encore qu’on la détient, écho évident à la célèbre de scène de Soupçons.
Difficile pourtant d’y voir autre chose qu’une commande pour Penn, qui n’affirme pas une grande singularité ici et se contente de faire le boulot avec plus ou moins d’efficacité. La gestion de l’espace occupe une grande part de sa mise en scène, et restitue habilement la claustrophobie de circonstance, du grenier à la chambre à double entrée. Les comédiens font un peu ce qu’ils peuvent, et semblent souvent dépourvu d’indications, occasionnant, surtout dans les scènes maîtresses de conflit, de prise de conscience ou de coups une hystérie frôlant le grotesque, et une gestion du rythme relâchée qui prêterait à sourire si l’on ne regardait l’un des derniers films du cinéaste à qui l’on doit Bonnie & Clyde ou La poursuite impitoyable…
Pris isolément, Dead of Winter n’est pourtant pas dénué de charme : il fallait penser à cette histoire tordue, et si l’on fait des concessions à certains critères, il y a là de quoi passer un moment plaisant, à coup d’amputations digitales, de séquestrations, de pièges à ours et de cadavres au congélateur.
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