Frustration de ne pouvoir hisser qu'un seul Johnnie To dans ce classement #600favoritefilms, alors que cet immense formaliste hong-kongais me passionne depuis un quart de siècle avec ses polars héritiers de l'action immobile de Kurosawa via Melville, Leone et John Woo. "Election 2", sa superbe chronique mafieuse et politique interdite en Chine, n'est pas passé loin, j'aurais aussi pu défier les ayatollahs du bon goût et glisser "Vengeance" ou "Exilé", deux bijoux sous-estimés peut-être moins "parfaits" qu'un "The Mission" mais qui me touchent tout particulièrement.
Dans le même ordre idée ce sera finalement "Fulltime Killer", film hybride, spectaculaire et romanesque citant en vrac le "Time and Tide" de Tsui Hark (en mieux encore - rappelons que To coréalisa avec ce dernier et aussi Ringo Lam l'excellent cadavre exquis criminel "Triangle"), "Point Break" (la réf aux braqueurs et à leurs masques de présidents) ou même... "Léon" (après tout, le film de Besson fut l'un des tout premiers en Occident à intégrer les codes maniéristes du polar HK à ses scènes de fusillade), et parfaite illustration de cette allégorie de l'équilibre et du chaos, de la liberté et de la fatalité qui irrigue une bonne partie du versant personnel de son cinéma disons, par opposition aux comédies romantiques et/ou régressives qu'il réalise et produit via sa compagnie Milkyway pour financer des projets plus "sérieux".
Histoire de rivalité entre deux tueurs à gages (Takashi Sorimachi en figure mythique et mutique presque abstraite, vétéran endeuillé évoquant Delon dans "La samouraï, et Andy Lau en chien fou exubérant et volubile qui rêve de prendre sa place, l'un honorable et organisé, l'autre chaotique et sans scrupules), avec l'excellente Kelly Lin prise au milieu à la manière étrangement romantique d'un personnage de Wong Kar-wai, "Fulltime Killer" brode aussi sur la fabrication des légendes et sur leur retour à l'anonymat, davantage dans la lignée de "Mon nom est personne" que de "Liberty Valance" peut-être mais avec beaucoup de finesse néanmoins. Un petit chef-d'oeuvre excessif et brillant, télescopant introspection, jeu hitchcockien du chat et de la souris et morceaux de bravoure assez terrassants.