Sorti trois ans après Escape from New York (John Carpenter, 1981), auquel nous pensons pour l’attachement à une métropole représentée par ses bas-fonds, et deux ans après Blade Runner (Ridley Scott, 1982), Trancers reprend d’abord l’esthétique cyberpunk et la figure du chasseur de primes solitaire pour mieux les réinventer ensuite grâce au voyage dans le temps, plus exactement au voyage dans le corps d’ancêtres suivant une approche de la science-fiction proche du roman Immortality, Inc (Robert Sheckley, 1959) ou de la nouvelle We Can Remember It for You Wholesale (Philip K. Dick, 1966). L’originalité du film, doté d’un petit budget, tient au soin porté à la photographie et à sa liberté tonale : au polar répond un détournement parodique de l’esprit des fêtes de Noël, puisque l’on voit une séance de photos avec le père Noël dégénérer en lutte armée, que l’on entend une boîte de nuit remixer « Jingle all the way » version rock et les dialogues multiplier les jeux de mots. Les effets spéciaux, plutôt réussis, et la partition électronique lancinante que composent Mark Ryder et Phil Davies contribuent à l’identité d’une petite production synthétisant le geste esthétique de Charles Band et de ses frères, animés par un amour sincère du cinéma bis, qui donnera lieu à une saga Trancers tout aussi attachante.