Gadjo Dilo s’ouvre dans un train et annonce d’emblée le déplacement physique et spirituel du protagoniste que met en mouvement son amour pour une chanson mystérieuse qu’il ne comprend pas et dont il ne connaît que le nom de l’interprète. La quête de la chanteuse devient quête de l’autre, découverte de la culture tzigane au moyen de rites (boire de la vodka, partager le lit, manger des mets inconnus, se rendre au mariage) qui convertissent l’étranger en membre d’une communauté et sa folie en marque d’une singularité parmi tant d’autres. En partant des stéréotypes urbains pour mieux les invalider au contact de la ruralité, Tony Gatlif représente les gens du voyage comme un grand voyage existentiel de gens différents parlant des langues différentes mais un même langage porteur des mêmes préoccupations : la violence se couvre des passions et des chants, la danse refuse le fatalisme, et c’est toute une séquence de désolation dans un village calciné qui prend des aspects de ballet s’achevant sur un sourire et sur l’espoir. Sous ses aspects documentaires, le film revisite les codes de la tragicomédie et recourt aux fictions, qu’il s’agisse des histoires que l’on se raconte, des superstitions omniprésentes, des clichés photographiques immortalisant le vagabondage poétique de Romain Duris, de la musique enfin, pour toucher l’humain au cœur. Une réussite.